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Publié par Michel Castanier

La merveilleuse Autobiographie
Kyle Tompson

 

Si vous êtes édité vous n’entrerez pas dans la Maison du père.

Abandonnez toute espérance. Le portier (Béatrice) vous dira Vous êtes un génie ! mais ce sera vous dire bonjour.

Votre petit narcissisme souffreteux ne sera soutenu que s’il est un Ego qui pèse ses 100.0000 exemplaires.

Tout a été écrit et bien mieux que par vous. Vous vous estimez Unique et vous l’êtes. En compagnie de milliers d’Uniques en France.

N’allez pas vous plaindre, vous n’y avez aucun droit.

Si vous n’êtes pas édité, vous n’êtes pas bon.

Si vous êtes édité, vous n’êtes pas bon.

Quand êtes-vous bon ?

Jamais. Vous n’êtes pas concerné. Votre mérite passe en dehors de vous. Il est l’affaire des autres entre eux et à cette affaire vous n’avez aucune part ou d’autre que comme observateur patient, un peu étonné.

 

 

Toute vie est un art de vivre. Tout art de vivre est un art d’écrire et tout art d’écrire est un art d’écrire sa vie.

 

 

La perfection lasse. Elle s’use parce que tout est transformation. Son immobilité finit en obsolescence.

Le changement – du bébé au cadavre – est la loi. L’architecture n’a qu’un temps. Homère – en étant revisité d’époque en époque – n’est plus Homère.

Dérision de la pose littéraire. L’écrivain à son (ordinateur) il y a bien longtemps qu’il n’est plus l’enlumineur ou le tailleur de mots sur la pierre. Qui résisterait aujourd’hui au travail du marbre ? Et à la méditation du mot qu’elle implique ?

Notre nouvelle valeur est donc la rapidité. Ne dit-on pas d’un être intelligent : il est rapide ? Supposons qu’aux temps antiques était dit en hommage : il est lent, qu’est-ce qu’il est admirablement lent !

Ecrire est déjà une posture. Réduire l’univers à la médiocrité de notre bureau. Menant le monde d’une main de fer à ses fins. Laissant soigneusement se refléter un Visage énigmatique dans le noir cosmos de ce qui s’écrit. Imposture.

Ce qui se soupçonne, même pas d’orgueil, de petites vanités, de souci de sa frange blonde et de pose pour l’éternité dans bien des pages de nos écrivains ! Enorme bêtise de l’artiste.

La bonne lecture est une radiographie. Elle voit l’os (le procédé), la malformation (le ridicule), la cassure (l’intelligence déficiente), l’organe atteint (l’obscurité qu’on ne peut éclaircir sous peine d’éparpiller la poussière d’un cliché), l’ombre sinistre (l’insignifiance).

Que de patience faut-il au temps pour créer nos grands hommes ! Que d’effets de perspective progressivement calculés par les interprétations successives du monde ? Que de reliefs travaillés dans les Montagnes rocheuses de la postérité ? Or, qui était Homère ? Et Shakespeare ne savait pas qu’il était Shakespeare. Misère de nos politiques et de nos artistes.

 

 

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