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Publié par Michel Castanier

La merveilleuse Autobiographie
Robert et Shana Parkeharrison

 

Sollers, tel qu’en lui-même allègre, sautillant, primesautier :

Rythme intérieur – ruptures – relance – danse – santé !

Ripé.

 

Certains amis me dirent dans mon adolescence ce que je devais penser et ressentir. Ce fut la pire des tutelles : ils n’avaient pas tort et je les ai­mais.

J’ai dû être impressionné par l’époque et ce qui s’en réfrac­tait chez mes petits camarades autrement plus brillants et plus sûrs d’eux que moi. Mon embarras tenait – superficiellement – à ce que je n’avais pas la moindre estime pour moi-même (mal­gré les apparences où je confortais une grande arrogance, sorte de cliffhanger à quoi être appendu au-dessus de l’abîme).

Et j’étais plus seul que jamais.

 

J’ai enfin acquis la liberté de mes goûts. Et re­fus. Je me suis donné le droit à l’erreur et j’ai pris mon propre parti. On n’écrit pas sans naïveté, sans une foi du char­bonnier, l’enfantine croyance en soi et dans le monde, dans l’amour qui dit oui.

Et je suis toujours seul.

 

J’ai toujours travaillé contre. Contre le confort. Contre le bruit (sauf chez moi : s’il y a du bruit (voisins) je sors là où il y a déjà du bruit : une terrasse de café). Contre l’insomnie. Contre la souf­france physique ou morale (jusqu’à présent). Chez moi : chambre ou studio (atelier). Si une femme y vient elle sait d’instinct qu’elle ne vivra pas avec moi, qu’il lui faudra me sortir de là. Elles n’essaient plus. Je n’ai aucun syndrome de la page blanche. J’écris déjà. J’écrivais avant d’écrire. J’écris dans n’importe quelle situation, en fait (usine, parc, terrasses, trains, etc.), j’irai jusqu’à dire dans n’importe quelle posture : peut-être pas la tête en bas mais par exemple écrivant sur ma cuisse (au prix du risque de l’illisibilité, même pour moi), jour ou nuit, aucune importance, seulement des états d’esprit différents, plus critique le matin, plus imaginatif la nuit ? Même pas sûr.

 

Est-ce folie ? En à peu près vingt ans j’ai travaillé plusieurs fois le même texte. Sans même me souvenir du titre originel (seul W saurait mais W est mort). N’avoir eu si longtemps que des traces – sans vie – que seul réveillait un peu le regard bienveillant d’un ami – et avoir tenu... Etait-ce folie ? Qu’est-ce qui changeait d’un manuscrit à l’autre ? Ils étaient tous bons, précis, imagés – mais il n’y avait pas d’action, du moins en apparence, cette horreur – « l’action » – qui est la mule de Loyola du petit commerce artistique.

 

Proust ? Illisible ! Aucune action notable ! Cohen ? Trop poussif, métaphorique à l’excès, détails à foison ! Et l’action ? Musil ? Lent ! Interminable ! Le Rouge et le Noir ? Insupportable de mollesse ! 2 pages pour décrire une tapisserie ! Où est l’action ? La Bovary ! Aucun moyen de s’identifier à cette conne ! Un bouquin sur rien ? Beh oui, rien ! Le Voyage ? Un truc qui ne tient que par son style, quelle idée ! Et d’ailleurs ricanant !

 

Lâche comme pas un, je me mis à l'action, comme tout le monde. Vous voulez de l’action ? de l’action ? de l’action ? En voilà, de l’action hyperconcentrée dans un comprimé. De la nourriture spirituelle en gélule médicamenteuse contre l’ennui, plaie de l’Occident.

C’était ce que je me disais.

 

Je m’y prenais mal. La jubilation du mot ne suffit pas. Ce goût pour des micro-évènements dans la phrase était trop raffiné (trop ancien ?).

C’est alors l’intention qui a bougé. Pas l'échec. Une prise en charge plus large ou plus profonde. Ce qui fut enfin Le Cercle des Explorateurs Enthousiastes – grande parabole de l’acte d’écrire – correspond à une période où je ne voyais plus personne (d’affectant), d’où un ouvrage clos, forclos, irrespirable, sans conflit, sans émotion, sans humanité. J’en conviens. L’action en tube est une erreur. Bougeons-nous. Il en a été autrement de La Porte des femmes (plongée dans l’humain, à vif dans la bascule incessante des émotions). On ne peut écrire seul (banal), écrire est un travail d’équipe.

                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Aujourd’hui est-ce encore folie – partagée, cette fois ? C’est toujours insuffisance, ou du moins ce n’est jamais suffisant et ne le sera jamais.

 

 

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