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Publié par Michel Castanier

roman noir policier comédie humour
[Antonio Canova]

 

ORION – III Clair-obscur 1


 

1


 

Celle que j’aimais appeler ma câline, mon hélicoptère, ma pe­tite chanteuse de variétés, si triste, si jolie, si naïve, si vraie – était assise à trois sièges du mien par cette soirée paisible.

Claire, la mal nommée.

 

Elle est là ! C’est elle !

Il est là ! C’est lui !

 

Je savais sans la regarder qu’elle avait bu un seul verre du vin de la cave coo­pérative. Qu’elle croisait les jambes et que sa main droite était posée sur le plus haut de ses genoux. Que ses escarpins étaient de chez Sapristi’s. Que sa robe de satin vert était en harmonie avec sa rousseur affolante. Qu’elle avait ce maquillage que les hommes ne remarquent pas. Qu’elle ne souriait pas. Qu’elle ne me regardait pas. Je savais qu’elle savait que j’avais avalé 7 tasses de café, piqué 8 cigarettes successives dans l’étui de Cordélia, ri comme un fou.

 

C’est toi.

C’est toi.

 

Je voulais encore espérer dans notre don de nous entendre si bien, d’être l’un à l’autre par bien des similitudes, de partager les mêmes émo­tions et de nous deviner plei­nement. Claire et moi nous avions eu un système nerveux commun extérieur. Cette faculté nous éclai­rerait. Je voulais nous faire confiance une ultime fois.


 

2

 

L’inconnu au shake-hand conçu comme une épreuve de force était tout le temps à côté de la chanteuse et pourtant paraissait l’igno­rer. Je l’avais pris pour un coach de vie : il avait une tête d’escroc. C’était lui. Max Spenser. Il était « mon ami » quand Claire l’avait pré­senté. Ils s’étaient rencontrés de notre temps. En fait, il n’y avait eu aucun homme entre nous à l’époque, c’était impensable, il y avait eu un camescope...

Tout est chimie, me dit d’un air accablé un grand gars cos­taud à son arrivée sur la terrasse.

J’approuvais sans bien savoir de quoi il s’agissait. La conclu­sion de toute l’expérience d’une vie, sans doute. J’embrassai Clément avec bon­heur. Son manque total d’hu­mour m’enthou­siasmait au cours de notre adoles­cence. Je ne découvris qu’assez tard qu’en fait Clément riait beaucoup, en se­cret. Avec des idées pareilles !

Il ne s’expliqua pas plus avant.

Mon ami le chimiste connaissait ma mésaventure auprès de Claire. Tous la connaissaient. For­cément. Clément avait tout compris tout de suite. Je suppose au­jourd’hui qu’il tentait de me consoler. Tant de gentillesse spontanée me rendrait triste pour ce qui allait être le sort du cher homme, si j’étais capable de tris­tesse, à présent.



 

[à suivre]


 

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