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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Otto Dix]

 

En tout cas


 

1

 

Une écharpe de laine blanche flottait au cou du Mont blanc, si frileux. Les branchages des pommiers avaient un léger flux et reflux un peu maniéré, une sorte de danse aérienne assez absurde. La Nature n’avait pas dû remarquer la morte. Si les sièges alen­tours du corps étaient vides sur la terrasse de l’horizon monta­gneux, la plu­part étaient à présent occupés sur la terrasse des pins, ceux-là par des gens qui avaient besoin de quelque chose sous eux, une assise solide d’où réfléchir posément à la situation, d’où voir venir la violence et s’arquebouter.

Cordélia en était, Oscar Fogel près d’elle, une main sur l’épaule de son épouse – photographie oxydée de bourgeois dans leur jardin d’hiver au XIXème siècle. Fernand Kaspar, qui, après tout, était chez lui, carré­ment affalé dans un transat, triturant ses testicules antistress en caoutchouc mousse, y trou­vant une forme de sécurité bien peu sûre. D’autres préféraient être debout, c’étaient les plus instinctifs, sur le point de fuir n’importe où à la moindre alarme. Par exemple, Claire, Clément, Max, Zaza.

Je m’aperçois n’avoir pas men­tionné Zaza, notre bad girl au cœur d’artichaut, mais ce serait vous retar­der, reportons à plus tard.

Il est toujours riche d’enseignements d’observer comme chacun des prota­gonistes d’un drame se dispose par rapport au mobilier. L’assassin a forcément la place la plus neutre possible. Si le crime n’était pas venu de l’extérieur de la ferme, il était probable qu’un de ces dix êtres était un monstre humain. Ses manières courtoises étaient le fourreau d’où se tire le poignard dit miséricorde au Moyen Age…

Assez de grandiloquence, si intel­li­gent ou ru­sé qu’un assassin puisse être, il est tou­jours minable.


 

2

 

– Je ne vois pas trop quoi tirer de ça, dit César, très pensif.

La situation dramatique le déconcertait ; comme chaque jour de sa vie le concepteur en chef de la XOB y cher­chait une idée de campagne, en vain, la notion de mort est déconseillée dans l’univers publicitaire des Parfaits, hilares au Macdonald, ravis chez Franprix, béats dans leur Aston Martin Walkyrie, riant de toutes leurs dents pour l’éter­nité – à moins que le réseau des concessions funéraires À votre ser­vice ne vous présente le programme avec une dignité mélancolique.

Je me suis trouvé assis à côté de Claire Lempereur, absolument par ha­sard. En fait, entre Claire et Margaux Bourjeon.

Qui était  Margaux ? Margaux ne le savait pas bien elle-même, être directrice artistique chez ASTAD Community n’y suffi­sait pas. Elle militait pour la communauté LGNTQQIAAP, c'est sans doute pourquoi elle avait l'air si triste et si crispée. Elle se cherchait dans toutes ces lettres. Elle por­tait une robe toute fraîche, fleurie de coquelicots puisque c’était le printemps et la cam­pagne. Son bob rappelait le souvenir aimable de Louise Brooks – mais Loulou n’était pas sous le bob.

À ma grande surprise Claire Lempereur se mit à interroger cha­cun sur sa si­tuation à l’heure du crime. Voilà qui était nouveau, ce petit ton Hercule Poirot avec derrière fessu, moustache cirée, guêtres et go­mina. Une af­fectation que je ne lui connaissais pas. Max lui avait fait beaucoup de mal : il l’avait vieil­lie. Je ne savais pas que j’étais léger.

– Quelle heure ?

Sans plus de précisions il fallut convenir que tout le monde dormait.

Vraiment ?

Quelqu’un ne dormait pas, lui.

– Marcus ? Toi, peut-être ? …

Claire me toucha le genou.

Je me levai en hurlant.

– Kevin ! Il est de retour !

L’assistance parut un peu surprise de mon exaltation et je me res­saisis.

Le 4/4 revenait, non sans gravillons, boucan et fumée.


 

[à suivre]


 

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