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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Auteur de l’image non identifié]

 

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Nous avions décou­vert avec le Web la bê­tise et l’inculture de ceux que nous pensions nos contemporains. Même en les admet­tant desservis par leur maladresse en ex­pression écrite, ils n’étaient tout de même pas pour rien dans les convul­sions de haine et le libre ruissellement du Mal – et pire que tout : leur for­midable sérieux. J’ai une opinion, donc je suis. En fait, c’était là notre milieu naturel, notre éco­système, nos agences de relations publiques ont toujours surfé sur l’inculture et la faiblesse des es­prits.

Bon. Je me laisse emporter et dessers mon sujet par un parti pris excessif. Combattre les imbéciles est une lutte d’aveugles dans un tunnel. Conserver son objectivité, consigner les faits, mettre en balance les contradictions, écrire. Je n’avais jamais remarqué qu’il y a « rire » dans ce mot si sacré pour beaucoup trop d’entre nous. « Il faut rire ! », disait un animateur télé l’autre jour, et son visage était désespéré.


 

6

 

On voulut prévenir du drame gendarmeries, collègues, proches, officiels.

Rien.

Aucune réaction. Ni like ni commentaires astucieux.

Ne pas être liké est la pire des solitudes, chacun sait ça.

Trois fois rien ?

On maila tous horizons, on tweeta des provocs, des obscéni­tés, des hor­reurs.

Trois fois rien.

C’est curieux.

Très curieux.

Et Snoopy qui me boude !

Snoopy était le nom qu’avait donné Aloysius à un Galaxy S12+. Ils don­nent tous des petits noms à leurs machines. L’inca­pacité d’accepter sa soli­tude en dit long sur la débâcle d’une so­ciété. C’est le plus triste, à mon avis. Les tribus hé­braïques auront eu des puits d’oasis pour se ren­contrer, sympathiser et copuler, bientôt les téléphones bavarderont entre eux dans des conversa­tions où nous serons pour très peu autour de puits sans eau dans le désert des villes.

Je quittai ce désordre et allai me détendre, respirer le bon air, faire quelques pas, qui me menèrent devant le cadavre de Marie. On a beau dire, la campagne n’est pas si vaste que ça. À défaut d’un caisson d’isolation, je m’accoudai au muret. Un des molosses qui gardait la ferme aboya un moment, sans plus. Le Mont blanc n’avait pas l’air concerné – genre vieux philosophe hautain avec des miettes d’oiseaux dans sa barbe blanche.


 

[à suivre]

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