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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Suzanne Ussing]

 

3

 

Ce fut au lendemain. Nous étions encore relativement nom­breux et pre­nions notre petit déjeuner sur la terrasse des pins quand Léo leva brusquement la tête et nous dévisagea l'un après l'autre, semblant nous compter, en bon meneur d’hommes.

– Et César ?

On le chercha d’abord des yeux, puis, ayant fini nos tartines, biscottes, knäckelbröds, tranquillisants, céréales Kellogg's All-Bran PLUS, psycho­tropes, pancakes au sirop d’érable, bêta-bloquants, marmelades au gingembre confit Wilkin & sons ltd, sympatholythiques, ginseng blanc, et but la der­nière gorgée de bière, café, café crème, thé, maté, orange pressée, wodka au curcuma – on ex­plora deux par deux la ferme jusqu’au fin fond du do­maine.

Au vrai, il n’avait jamais été grand monde pour se soucier de la vie de ce garçon, si ce n’est sa maman, qui n’était pas là, par bonheur.

 

 

4

 

On les savait très attachés ; si César nous avait souvent parlé d’elle dans son adolescence, Aloysius m’apprit qu’il était au­jourd’hui plus discret au sujet de la vie quotidienne de maman mais pas moins attaché, c’est le mot.

Ces deux-là partageaient la même maison sur les bords ver­dâtres de la Marne, ils avaient des dîners communs chaque soir, où ils « faisaient le point ». Ils par­taient en­semble en vacances, on les avait souvent vus l’après-midi à une terrasse du 14ème ar­rondis­sement, près de l’Agence, où la mère buvait son whisky et le fils en bermuda sirotait à la paille un lait fraise. César en riait doucement auprès de ses collègues : il n’était pas d’idée publici­taire qu’il n’ait d’abord soumise à maman, laquelle réflé­chissait, argumen­tait, ap­prouvait, ou pas, son jugement était sûr, les idées du fils ayant du succès, sur­tout pour la Poste et les gilets Damart – moins pour les autos, ce qui le navrait (il avait dans sa petite chambre tout un cir­cuit automo­bile où il fai­sait rouler des Dinky Toys de collection).

César n’était pas un cas particulier dans notre milieu, il était plutôt exemplaire. Seule une certaine exubérance confiante due à sa bonne mère l’au­rait caractérisé jusqu’alors, si la puérilité n’était assez partagée de nos jours.

Bien que j’aie patrouillé avec conscience à la recherche du dis­paru, je ne manquais pas de ré­flexions, comme à mon habitude, la réaction im­promptue de Léo m’intéressant, com­ment avait-il pu se sou­venir de César ? Il avait sem­blé confus. La pensée or­di­naire n’étant qu’un flux continu d’as­sociations d’idées dis­parates qui ne s’arrêtent à rien et ne se cher­chent au­cune cohérence, par quel raccord mystérieux le di­recteur d’HYPMO (PMOHY ?) avait-il eu le souvenir de l’insi­gni­fiant César ? Je pen­sai que la mort ne sera qu’une absence dé­cisive de raccord dans notre dé­sordre mental, j’en fus attristé et cessai de réfléchir. Ce qui m’arrive assez souvent, je l’admets.

César nous avait quittés pour de bon, comme disent les en­fants.

Qu’il fut le seul à réagir si fortement surprit, ce n’était pas une grande per­sonnalité, on opta plutôt pour un accident, ou pire, nous le retrouverions bien­tôt et pas très loin, mais dans quel état ?

Sara étouffa un de ces bâillements qui sont plus un symp­tôme de détente que de besoin de sommeil, contrairement à ce qui se croit.

– Je pense plutôt qu’il a voulu retrouver sa maman.

 

 

[à suivre]

 

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