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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Josef Sudek]

 

3

 

– … Désolé …

Il y eut un bruissement de feuillages. Je n’espérais pas que Claire m’ait rejoint, ce qui était pourtant le vœu secret de mon éloignement. Elle n’aura pas remarqué chez moi la mélancolie farouche des adolescents que la société déçoit. Elle ne quittait jamais Max. Il n’y avait qu’une conclusion possible : elle me fuyait énergiquement. C’était très satisfai­sant. Elle devait avoir peur de moi, ou d’elle-même.

– Salut.

Je pensais Claire, c’était Sara.

 

 

4

 

J’entendis un gémissement lugubre, c’était le mien.

– … Désolé …

Oscar continuait d’errer dans la pinède, en grande conversa­tion avec le fantôme de Cordélia.

 

 

5

 

Je me rajustais, Sara remontait son jean où la culotte noire m’avait gêné. Je ne m’y faisais pas, elle non plus, elle acceptait mal mes recommandations pour qu’elle porte des dessous blancs. J’aurais dû m’expliquer et n’y tenais pas. Ce malentendu ressem­blait à nos plaisirs. 

– Tu lui as parlé ?

– Dans son état ?

Et puis nous avions bien d’autres problèmes que Léo, mais l’idée d’un pro­jet entre nous était tout ce qui restait de nous, je tenais encore à nous, scrupuleusement, elle aussi, en apparence. On doit assumer son mariage, fût-ce au prix de la fidélité conjugale. Je croquai dans une de mes pommes. J’en avais tout un panier. Sara s’était assise dans l’herbe. Elle touchait du bout d’un doigt la ligne d’une de ses bottines, une certaine façon de revenir à elle, de se refer­mer.

– Tu as vraiment un corps splendide.

– Il n’est pas à moi.

C’est par ce genre de fêlure que j’avais appris à connaître Sara. Elle avait vécu avec Fernand – l’ancien Fernand, un peu mons­trueux – avant le coming out de l’apprenti fermier. À l’époque, ce garçon fai­sait n’im­porte quoi des femmes. Il se fuyait. Elle en était marquée.

– Est-ce que tu comprends ce qui se passe, mon Marcus ?

– Jusqu’alors je n’ai jamais rien compris sans le savoir, au­jourd’hui je sais que je ne com­prends pas, c’est un progrès.

Elle se leva d’un bond, comme si cédait le lien qui était tendu à craquer entre nous, l’exaspération la catapulta à travers un buis­son, folle de rage, les dents serrées. J’ai un don pour énerver ma femme.

J’ai croqué dans une nouvelle pomme.

– Ce n’est peut-être qu’une intoxication alimentaire, ai-je dit à la pomme.

 

[à suivre]

 

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