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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Chema Madoz]

 

6

 

Je m’étais finalement convaincu que nous étions victimes d’un agent in­fectieux dans le vin de la coopérative ou dans la nourriture des réserves de la ferme. Cause de la progression du taux de criminalité et d’une hypnose de groupe (par exemple, occultation de Merluchon : nous ne voyions tout simplement plus les habitants) – un parasite patho­gène provoquait les dé­sordres de la pensée que nous subissions et qui ne nous étaient tout de même pas coutumiers. Je ne man­geais plus que des pommes. Cela n’expli­quait pas tout, bien sûr, mais pour l’ins­tant c’était suffisant. Je remarquais d’ail­leurs que mes compa­gnons sui­vaient le même rai­sonnement. On ne man­quait pas de pommes, ils mangeaient tous des pommes. Sara, très tentée par le véganisme depuis peu, autre forme de dépres­sion et de carence en vitamines, surtout intellectuelles, n’y avait pas de peine.

– Salut.

Je pensais Sara. C’était Claire. C’est fou ce que cette pinède était fréquen­tée.

 

7

 

Mon antilope était à présent une femme mûre. Charnue, le re­gard doux, elle ne se vêtait plus tout à fait de ce n’importe quoi qui va si bien aux jeunes filles. Elle avait un chandail de laine bleue qui se confondait avec le ciel à travers le feuil­lage, une jupe droite mais, étrangement, des crocs aux pieds, en plas­tique blanc, souvenir de gamine. Je ne me relevai pas, sait-on jamais. Elle resta de­bout au-dessus de moi et je me fis l’effet de Diogène dans son tonneau cras­seux devant Alexandre , mais moi, m’épouillant la barbe, je m’écriais : Ainsi, voilà ce cul tant attendu ! Cette fête de l’esprit qui est chair ! Rotondité ma­jestueuse des origines !

En fait, je ne dis rien de tout cela de si lyrique qu’elle n’aurait pas, mais alors pas du tout apprécié. Je me tus sur mes souvenirs. La mélancolie est la clé de la partition tempo­relle.

– Est-ce la fin du monde, Marcus ?

Chacun allait-il venir consulter l’Oracle de Delphes au fond de sa pinède ?

– La fin de notre monde, tout au plus.

Elle n’était pas aussi nerveuse que Sara, elle me sourit, et comme elle n’était pas Sara, je cherchais des précisions qui ne soient pas trop fumeuses.

– Il doit y avoir des causes en corrélation qui produisent les effets collectifs que nous subissons.

– Tu appelles ça une explication ?

– Je suis allé au village, hier, et je t’y ai vue.

– J’y suis née.

Elle me considérait avec une tristesse que je ne comprenais pas. J’ai eu un doute…

 

 

8

 

Figurez-vous qu’il m’arrive d’avoir de longs entretiens avec le mirador de la prison. Je viens d’aller le consulter par la fenêtre de ma cellule.

Un doute à propos de quoi ? me dit-il.

Il n’y avait pas de ré­ponse fiable. Je ne partageais pas avec Claire cette mémoire de son enfance au village, elle ne m’en avait rien dit. Elle aurait dû, le lieu de naissance d’une jeune fille aimée est le lieu où nous sommes nés à nouveau, j’ose le dire. Et pourtant, je pensais… Je ne savais plus quoi penser…

Quand il fut à nouveau ques­tion de l’étonnante confusion de mes souvenirs au sujet des évène­ments de la ferme, je tournai le dos à la fenêtre. Mon mirador se prend pour mon psy.

 

 

[à suivre]

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