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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Roy Lichtenstein]

 

 

9

 

– Je suis entré dans un petit chalet où les fenêtres étaient en­fouies dans du lierre.

– Des fenêtres rondes ?

– Oui. Comme des yeux de fillette étonnée.

– C’est étrange que tu m’aies vue.

– Tu étais enfant, tu errais dans les reflets.

– Ça me fait un peu peur.

– Que les souvenirs de ton enfance soient enclos dans des mi­roirs ?

– C’est toi qui me fais un peu peur.

Elle eut un geste où je reconnaissais son trouble. Je ne dirai rien de ce geste amu­sant, tout à fait inconscient. Il n’est qu’à elle. Et n’est qu’à moi. Il fut soudain mêlé d’un frisson d’inquiétude et peut-être de colère.

– Mes souvenirs m’appartiennent.

Ses souvenirs m’appartenaient. Elle était venue vierge dans mes bras. Elle m’avait offert la fleur carnivore de son innocence. J’y avais cru et ce fut une douleur atroce. Elle était ma câline, j’étais son bricoleur, elle me câlinait, je la bricolais. Elle était celle que j’appelais « ma bombe » et le « trésor de ma vie » en ces temps heureux, elle m’a explosé au cœur, tout l’or dispersé.

 

 

10

 

J’ai bondi de ma chaise et je suis allé hurler par la fenêtre de la cellule.

– Un véritable amour est un Mystère que les amoureux ont pour mission d'accomplir, crétin !

Mon mirador n’a pas bronché. Je me suis rassis sans être vrai­ment apaisé.

 

 

11

 

Claire non plus n’avait pas été tout à fait calme. Nous étions restés songeurs, chacun ayant ses raisons. Elle fut ressaisi par ce besoin de com­prendre qu’elle avait, était-ce bien nécessaire.

– La maison de tante Huguette ferait donc partie de notre pro­blème …

– En quoi ?

– Nous sommes tous des parties de la question.

Elle avait fait du chemin dans ses réflexions, ce n’était pas un traitement par un régime fructivore qui la convaincrait. J’étais bien plus superficiel, je pensais à notre semblant de lutte dans le transformateur. J’avais retrouvé la chaleur de son corps, la ten­sion flexible, le souffle. On aurait cru un moment d’amour et c’était un moment de mort.

Il vaut mieux ne pas parler par vent contraire mais je ne me résiste pas.

– Tu as vraiment un corps magnifique.

– C’est ce que me dit Max.

L’antilope se détacha d’elle et l’ombre délicate flotta jusqu’à moi, posa un baiser sur mes lèvres, et fuit dans une explosion de buissons.

En fait, elle me sourit et tourna le dos.

J’étais seul dans mon pantalon.

Un froissement de feuilles m’inquiéta. Je me redressai.

– … Désolé …

 

 

12

 

Il était difficile de distinguer entre l’illusoire et l’indubitable. L’indubitable était que les morts étaient réels. Nous les avions touchés à la manière de Saint Thomas s’assurant que Jésus n’était pas un hologramme.

Il se pouvait que nous ayons vécu une hallucination générale en réalité augmentée. Au­quel cas, nos vi­sites au village devaient être pour les habi­tants une descente de zombies exo­tiques : ca­chés sous les rideaux en cretonne de leurs fenêtres, ils nous ob­servaient avec angoisse déambuler dans les rues – ce qui, de toute façon, aurait été le cas si nous nous étions con­tentés d’être pari­siens.

 L’origine de cette distorsion de la réalité ou du temps res­tait incon­nue. Ou bien nous dormions dans la couveuse ultrastérilisée d’un laboratoire extraterrestre, enclos dans le bas-ventre d’un astéroïde interstellaire naviguant à travers l’infini noir : il s’y pratiquait dans la « subs­tance blanche » des expérimentations à cerveau ouvert pour ten­ter de com­prendre qu’est-ce que ça peut bien être, leur foutue sexualité ?

Ou bien l’un d’entre nous dormait et nous rêvait. Pas néces­sairement moi.

Un papillon, peut-être.

Ou le ver d’un papillon.

Dans quel monde étions-nous en train de vivre – projetés par une chique­naude surnatu­relle, ou très humaine ?

Que sait l’araignée de la main qui déchire sa toile ?

C’était ce que je me disais.

C’était avant cette cellule.

À moins que l’explication ne fut très simple. Extraordinai­rement simple.

Un gros rat trottinait dans ma tête depuis quelque temps et me grignotait des bouts de cerveau. Il sifflait entre ses dents, les dents du bonheur : vous êtes morts, vous êtes tous morts, tu es mort, mon Marcus.

Et alors ? lui disais-je.

Alors, ton fromage est excellent.

L’air de la campagne ne m’avait pas fait que du bien.

 

[à suivre]

 

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