Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman d'aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Auteur de l’image égaré dans le cosmos]

 

En attendant

 

1

 

Que les extraterrestres balaient de leur pinceau d'archéologue la poussière sur nos selfies au fond des ruines de la planète !

Nous vivons une époque sans pères. Léo en avait tenu lieu, il avait été en bout de table à notre vie, esquissant un rapide bé­nédicité, coupant la croute du pain avec une incision en croix, et s’octroyant la plus grosse part du plat, la plus belle femme de ce monde, en général. Certes, il occupait nos esprits, il les annexait, c’était un anschluss à lui tout seul. Que lui fût repro­ché un côté directif, ce n’était pas tout à fait sincère, il était un bon maître, il protégeait. D’ailleurs, il aura été jusqu’au bout un meneur d’hommes – le premier descendu de notre capsule Apollo de bons serviteurs du Marché faire quelques pas dans la poussière des Enfers.

Il n’en était plus rien, le manager d’YMPHO ne parlait plus beaucoup, ne bougeait pas autant, il nous regar­dait agir. Assis toute la journée dans un fauteuil digne de sa stature, il regardait le Mont Blanc d’un air accablé.

Il me rappelait le roi Canut assis dans son trône sur la plage, les pieds noyés, pour montrer qu’il ne comman­dait pas à la mer, Pas du tout, ne laissez pas votre su­perstition vous perdre, mes sujets, l’imagina­tion vous séduire : votre Canut n’est qu’un vieux bon­homme sans au­cun pouvoir sur la vie et qui s’endort dans sa barbe grise alors que les vagues éternuent.

Ou une statue de sel ?

À se demander si Léo n’avait pas tu quelque chose qu’il aurait vu au cours de son voyage à Côme (ou dès Paris ?), et qu’il nous épar­gnait, morne et passif, dans son fauteuil sur la terrasse du Mont blanc, effaçant peu à peu sous ses semelles le fantôme crayeux de Marie Berjot, la star des météorologistes.

Ou simplement était-il une des formes du mal qui gagnait la ferme et nous avalait comme des bouchées ?

 

 

2

 

J’avais pensé reprendre le trajet vers l’Italie ou aller dans le Nord de la France, pourquoi pas jusqu’à Paris, Sara m’en avait dissuadé assez faci­lement, quel n’eût été mon désarroi dans le 6ème arrondis­sement désert ?

Je ris tout seul, bien sûr, qui d’autre amuser ? Mes gardiens, penchés avec prudence dans mon dos pour lire cette phrase à ti­roirs un peu cuistre, n’y trouvent rien de drôle, et moi non plus, à bien y songer, quand je relève les yeux vers la lueur de ma lu­carne que la lune ne traverse jamais.

J’avais tout de même discuté du voyage avec Clément, essayé de le convaincre de m’accompa­gner, j’aurais eu moins peur, il s’était contenté de me regarder sans répondre, avec des yeux sans expression, et il m’avait quitté en sifflo­tant comme un merle. C’était inhabituel. C’était même inquiétant.

Le problème n’était nulle part ailleurs que là où nous étions.

C’était nous le problème.

   

 

[à suivre]

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article