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Publié par Michel Castanier

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[l’image est de Peter Martensen]

 

 

Jamais le boss ne l'admettrait, puisqu'il s'est persuadé d'avoir un corps, mais il est un homme désincarné.

Une femme, d’ailleurs, le lui avait dit : tu n’as pas de corps – et qui s’y connaît mieux que les femmes pour ce qui est du corps des hommes ? Il avait bien une présence charnelle redoutable, puisque périssable, une sensibilité masculine incontestable, les attributs adéquats satisfaisants, mais il n’avait pas un corps tra­vaillé, nous ne pouvons mieux dire, nous qui le connaissons bien à travers ce que l’homme connaît assez peu : ses pieds, du moins tant que l’homme n’a pas de cor, justement, ce durillon qui s’enflammerait si Alexander était capable d’avoir une peau cornée, car la vie avait glissé sur ce corps, il était intact comme une peau de bébé, il était lisse : sans aspérités, sans crevasses, sans cicatrices, il était l’absence d’un homme mou, sans pour autant détenir la porosité d’éponge des caractères mous, mais ce carac­tère n’avait pas les callosités d’une main d’ouvrier, la poigne dominante d’un chef d’entreprise, la force des convictions bor­nées mais qui assurent une identité, son caractère et son corps étaient une même plage unie, égale, qui accueillaient les mou­vements de marée de la vie sans y être noyée, se laissant effleu­rer et délaisser sans réagir autrement que par de légers éboule­ments d’un sable qui se reforme, sans traces, sans évé­nement, à peine un coquillage ou une étoile de mer ou un pois­son mort qu’Alexander contemplait longuement avant de le ranger avec grand soin dans une boîte, car c’est qu’il était : il était un contemplatif.

 

*

 

Il y a tant de vies tristes.

Un rien les intimide.

Ce sont des orgueils égarés.

Elles se défilent dans un trou de souris, se coupent d’un monde qui ne les remarque pas, elles rêvent et sourient dans leur rêve, elles se réveillent, sortent leur museau du terrier, le monde aurait-il changé ?

Elles font des courses rapides, lèvent à peine les yeux, emportent avec elles un regard, une silhouette, un sourire vague, se réfugient dans leur abri, elles ferment les yeux, elles rêvent.

 

*

 

Le boss ne croit pas en Dieu mais ne manque jamais de le remercier quand il a cru bon d’écrire une Antidote, si elle l’étonne et s’il ne sait à qui offrir sa gratitude.

 

*

 

Notre temps est passé. Nous avons épuisé le bonheur sous nous.

Elle avait ajouté ses forces à mes forces. Nous nous nourrissions l’un de l’autre. Nous étions beaux.

Je suis nu.

Je vois l’automate. Je connais la mauvaise foi dont je ne savais rien. Les restrictions mentales inaudibles. La pauvreté.

Je vois le lâche. Je vois l’armure de carton.

Je lui ai menti. Nous embarquions pour la mort.

 

 

Je ne regrette rien, car regretter est croire que quelque chose est encore possible, quand rien ne l’est.

Pour la première fois d’une vie, être de l’autre côté.

Sans retour.

 

 

Je l’ai laissée croire en moi. La pire trahison.

Je l’ai laissée espérer en nous. L’impardonnable.

Je suis faux.

Qu’elle se libère.

Qu’elle se libère de ma passivité, de mon ignorance, de ma misère.

 

Qu’elle respire à nouveau.

 

Lundi 1er février. 1h38.

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