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Publié par Michel Castanier

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[L’image est de Tim Walker]

 

 25

 

 

Une idée désagréable me préoccupait depuis peu.

Entre nous, avec un peu de sincérité, pour changer (mon ins­titutrice n’y est pas pour rien : cette créature aurait pu tenir une école de bonne conduite), je réfléchis assez peu, n’ayant de confiance qu’en mes intuitions, qui me tiennent lieu de pensées.

Le plus souvent, s’il le faut vraiment, je suis obligé de tirer à moi d’énormes pelletées de terre après d’énormes pelletées de terre pour dégager du sol une certaine réflexion – un travail de taupe pour je ne sais quel terrier. Les opinions elles-mêmes – po­litiques ou esthétiques – ne sont à mon humble avis que l’expres­sion du corps so­cial d’une époque, ne les soutenons que d’une foi modérée. J’ai une opinion donc je suis. La pensée n’est que la ma­nifes­tation d’une émotion – idée fixe qui peut être doulou­reuse chez les fous ou déli­cate monomanie chez les bienheu­reux.

Elle – Mais tu n’es pas fou, n’est-ce pas ?

 

 

Moi – C‘est connu : ce qui est pris pour un nexus com­plexe et cohérent – un système d’idées philosophiques ou doctrinales – est un symp­tôme qui s’est sca­rifié ou a métastasé dans une sorte d’in­dépen­dance de la vie, une surabondance de cette vie qui ne tient au­cun compte du por­teur sain ou pas.

Elle – Nous n’avons au­cune auto­no­mie ?

Moi – Nous n’avons que l’unité du corps.

Elle – Peut-être, à discuter.

Moi – Et de toute façon unité pro­visoire vouée à la dessicca­tion pour d’autres œuvres in­sensées de la Nature.

Elle – Détend-toi.  

Ce déploiement d’une pensée soutenue m’ayant complè­te­ment épuisé, madame Philomène caressait mon front trempé de sueur.

Elle – Comme si que nous sommes ensemble… Nous ne sor­tirons jamais de cette bibliothèque ?

Moi – Tu es nue.

Ma fantaisie n’apprécie pas l’indiscrétion, cela se voit à ce que son visage si ani­mé s’immobilise soudain.

Je fais un ultime effort pour échapper à la terre.

Moi – Bien sûr, tu n’es pas nue.

 

 

Que nous sommes décontractés, nous promenant par la ville, la main dans la main, la pensée dans la pensée, alertes et royale­ment je m’en foutiste !

Elle – Je ne suis jamais nue, même si je suis nue.

J’ai tout de même préféré nous tenir à l’écart des foules, dans les Jardins, à cette heure de la matinée pour l’essentiel fré­quentés par les coureurs à pied avec leur chien idiot, les mères de famille et leur portée ainsi que d’honorables oisifs en état d’alcoolémie avancé.

Elle – C’est clair ? Pas nue ! Jamais !

Un clochard endormi sur un banc de pierre ayant été victime d’une hypothermie, l’encombrant est enlevé par un vé­hicule du SAMU. Mon institutrice et moi, nous nous as­seyons à sa place, non sans avoir épous­seté le bois d’un mouchoir par­fumé.

Elle – J’ai une capeline !

Les accès d’hu­mour de l’Education nationale sont toujours inatten­dus.

Elle – Et tu lâches ma main !

Ayant amené dans mon baluchon un léger viatique, nous nous partageons nos sandwichs au saucisson. Madame Philomène ôte avec soin la peau d’une rondelle. Elle est silen­cieuse, elle serre les dents sur son point de vue ou sur une tranche de saucisson.

Elle – Je pressens que je vais finir dans un de tes livres ! De surcroît en mode carica­ture !

 

 

[à suivre] 

 

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