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Publié par Michel Castanier

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[l’image est d’Eugenio Recuenco]

 

 

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En petite bande joyeuse, mon extravagante et moi, nous quit­tions, bras-dessus bras-dessous, le cœur en sac à dos, un vernis­sage épuisant – intitulé Cote 17 dans la presse, avec 17 artistes aux joues rouges de bonheur, public pensif et petits fours pous­siéreux.

Moi – Qui se souviendra sans émotion de la prise de la cote 17 ? Ceux-là diront comme aux lendemains d’Austerlitz : J’y étais !

Elle – Les artistes, d’abord.

Moi – Ceux qui auront perdu la guerre des couleurs et n’en reviendront pas.

Elle – Ceux qui auront planté leur tableau comme un drapeau qui flottera dans les villas bour­geoises des environs.

Moi – Des héros, morts ou fêtés, dans le seul combat qui vaille : la lutte contre le mauvais goût !

Elle – Les visiteurs du vernissage, ensuite.

Moi – Ils ont parcouru l’expo­sition comme un champ de mines.

Elle – Certains, ayant sauté dessus, n’en ressorti­ront jamais.

Moi – D’autres, en descendant de la cote 17 de l’Art contemporain local, auront les larmes aux yeux : la vraie peinture lave le regard et débouche les éviers !

Elle – Le mauvais goût, fût-il snob, est le signe dune fasci­na­tion grandissante pour le monde du crime !

Moi – Et de la guerre ! 17 peintres ! 17 tableaux ! 17 pièces de batte­rie !

Effondrés de rire, on alla se calmer Au Hasard, une brasserie bienvenue. Je recommande sa bière blanche brassée par l’ordre monastique dans la belle abbaye de François de Pauleque béni soit son nom.

 

 

Il n’y a dans cette nuit d’été pas d’autres mouvements que ceux de ma rouquine se balançant dans son rocking-chair sur la terrasse ou les déplacements des chats sur les tuiles des toits. Je referme avec soin les ferrures du petit cercueil en demi-maroquin jansé­niste vert clair et le range dans un rayon­nage de ma bibliothèque – section dix-huitième siècle. 

Moi – Une araignée maintient sa proie en vie pour mieux la dé­gus­ter.

Elle – Elle appré­cie la fraîcheur. Ce qui té­moigne d’une dé­li­ca­tesse.

Moi – Comme l’araignée-loup dans sa toile le mémorialiste chasse en cou­rant sur les grandes pattes délicates de son style.

Elle – J’ai longuement observé ce métier raffiné dans mon en­fance. L’araignée fixe sa proie et l’encoconne.

Moi – L’auteur la goûte à petites bouchées de son vi­vant, car elle s’agite beaucoup sous les cro­chets et les glandes odo­rifères des phrases articulées avec la distinction des araignées d’eau. Il sa­voure l’hu­manité chez les insectes de la cour royale et en fait un portrait ex­trêmement présent – à ja­mais.

Elle – Ils ressentent un pico­tement sen­suel de la chair qui se dé­com­pose, déjà faisan­dée, déjà l’inti­mité de la mort sous le lin­ceul ! Le délicieux Chatouillis de la corruption en pleine vie.

Moi – Bon prince, ou plutôt duc, l’auteur par­tage volontiers sa vic­time avec les entomo­logistes de pas­sage.

Elle – Ces Mémoires sinistres et drôles sont une immense toile de soie fi­ne­ment ou­vragée où remuent des mouches de toute éter­nité.

 

 

 

[à suivre]

 

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