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Publié par Michel Castanier

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[Auteur de l’image non identifié]

 

 

30

 

Ma folie et moi, nous étions descendus sur un ra­deau à bal­da­quin par un des affluents du Tobol, quand nous avons éta­bli nos quartiers d’hiver dans une île du fleuve Amour : la ter­rasse des Beaux-Arts, devant la cathé­drale Saint-Castor. Du moins, il me semble.

Elle – Tes Milles et Une Vies, ce serait une comédie ?

Moi – Certainement pas. Ma vie n’a rien de burlesque.

Elle – Un drame, alors ?

Moi – Ma vie est bien trop comique.

Elle – Un roman d’aventures ?

Moi – C’est banal. Toute vie en est un.

Elle – Un essai ?

Moi – Si peu.

Elle – De la poésie ?

Moi – Ne me rends pas nerveux.

Elle – Alors, quoi ?

Moi – Un pot au feu.

Elle – Il y aura des dialogues ?

Moi – Des plus subtils et rebondissants.

Elle – Des descriptions ?

Moi – Ce n’est pas au goût du jour. J’aurais pourtant mieux aimé décrire ta capeline sur 600 pages.

Elle – Ne nous égarons pas.

Moi – J’ai bien dit : ta capeline.

Elle – Qu’est-ce que ce sera donc ?

Moi – Tout sauf une conférence.

Elle – Il y sera question de toi ?

Moi – Oui et non.

Elle – J’ai compris. Une autofiction.

Moi – Surtout pas. Parler de soi est aller à la ren­contre d’une lé­gende.

Elle – Tout ça me semble assez mal parti.

Moi – Je suis né anachronique.

 

 

Je toussote, le poing sur ma bouche, sans aucune envie de tousser, mais le geste est connu comme solennel, une sorte de clé de sol pour ce que seront les premiers mots de ma lecture pu­blique des 1001 Vies à Parignargues.

Elle – Je pressens que la lame va sortir du fourreau d’un dis­cours impec­ca­blement lis­sé.

Moi – Monsieur le maire, mesdames-messieurs, chers amis, mes 1001 Vies sont joyeuses et tendres comme la vie. Elles disent en creux les horreurs du monde. Expliquons-nous mieux. Toute l’humanité circule par le grand pont des méta­phores. Le judéo-christianisme a une conception solaire de Dieu dont Moïse ne peut regar­der la Face sans y perdre la vue (la raison). Ce sont en fait ricochets de rêveries babylo­niennes, ou grecques. Ainsi, Phaéton, le fils du soleil, reprenant les rennes des chevaux de feu afin de décrire l’orbite paternelle, finit, aveu­glé, par s’abattre sur terre – et sans doute ressuscite comme so­leil levant dans la mytholo­gie chrétienne de Jésus. De Cham. Et du grand artiste… Mais je vous égare ?

Le silence qui salue ma prestation préfigure sans doute celui qui m’accueillera au Jugement dernier.

 

 

Moi – Écoute… (Je lus :) Le don magique gagne ou perd en force selon les do­maines où il s’exerce. Dans les strates les plus pauvres, il tend au funambu­lisme, à la bouffon­nerie.

Je repose Jünger sur le ventre pour ne pas perdre la page.

Elle – Tu fais souffrir tes livres.

Moi – Tu sais que cet officier allemand arborait l’étoile jaune à son uni­forme sous l’Occupation ?

Mon Humeur rêveuse reprend le livre, y glisse la note du bar (2 Chardonnay : 8€50) et le referme correctement.

Moi – Il est des actes qui disent tout d’un être humain.

Elle – Un chevalier médiéval !

Moi – Il a d’ailleurs quelque chose d’ingénu. C’est une grande curiosité. Il y a une petite fille en lui. Alice aux armées.

Je reprends le livre, ôte la note, corne la page et referme.

Moi – On ne peut reprocher à ce grand viriloïde de n’être en rien un hurluberlu. Il a mé­connu que la grandeur de la tragé­die a besoin de la déri­sion – et Hamlet de Falstaff.

Philomène fouille dans ma poche, en retire de la monnaie, une montre sans aiguilles, une pince à épiler, un bougeoir, un élé­phant en céramique noire, une collection de papillons exo­tiques sous verre, un chalumeau, un carnet de posts it, prend le livre de Jünger, décorne la page du revers de la main, colle un post it jaune dessus et remet le livre à sa place entre nos verres.

Moi – Les dieux ne se reposent du tragique que par le co­mique !

Elle – Malraux, n’est-ce pas ? Lui-même aurait tant voulu être un farfelu…

Moi – Il l’a été : Tintin et la Légende des siècles !

Je prends le livre, écris quelque chose sur le post it du bout de mon stylo Mont Blanc, ferme le livre et le stylo.

Moi – Il m’a toujours semblé que Malraux et Château­briand conversaient de tombe à tombe – d’Antimémoires en Mémoires d’Outre-tombe …

Elle me reprend le stylo, le décapuchonne, ouvre le livre, trace à son tour un mot sur le post it, repose le livre, encapu­chonne le stylo, me le rend et finit son verre.

Elle – Des enfants !

J’embrasse gentiment la paume de sa main.

Moi – En effet. Il y a une règle à respecter, une pré­oc­cupa­tion li­mi­naire, tendre et sou­cieuse, sou­viens-toi, on ne parle qu’à des en­fants.

Elle ne manque pas de me serrer tendrement le haut du bras pour montrer sa grande appréciation.

 

 

[à suivre]

 

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