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Publié par Michel Castanier

satire comédie littérature autobiographie autofiction portrait fragment sotie pamphlet
Ron Mueck

 

 

Les Corps du roi

 

 

Emmanuel Macron donne son corps à la politique. Figure christique sans autre douleur qu’un ennui probable à la minutie pointilleuse des questions au cours d’heures de débats – l’ordinaire banalité du non-historique – auxquelles il donne du corps. Corps jeune, moderne, sacrificiel, propre sur soi, attractif pour l’enfance comme pour le grand âge, porteur de bonnes nouvelles d’unité : des locutions de quartier sensible, un petit ton familier pour les gens simples des périphéries urbaines et un vocabulaire délicatement désuet pour nos maisons de retraites.

 

Ce qu’on a prêté de moelleux – sinon de mollesse – au corps du président Hollande, alias Fraise musclée (petite plaisanterie entre bons amis politiques), était emblématique d’un projet un peu trop « normal ». Idée naïve d’une normalité que récuse le bon sens esthétique populaire qui réclame du spectacle à la tête de l’État. Un scooter ne vaudra jamais une Porsche avec siège éjectable.

 

Corps hystérique, anguleux, nerveux, invasif, drogué aux sentiments : Monsieur Cocaïne. Corps spectaculaire, ayant femme-spectacle et du goût pour les courses-poursuites dans la Princesse de Clèves, grand adepte du gore : « T’auras du sang sur les murs de ta cuisine » (légère dissension avec ce brave Monsieur Bayrou).

 

Corps de l’Ogre, vorace, pulsionnel, Monsieur 1mn30 douche comprise, possédant femme au foyer mais intraitable, grand sectateur de la Tête de veau sauce gribiche, non intellectuel manipulé par des marionnettistes (ses conseillers) qui lui disent où faire (publicité pour les chiens parisiens à son époque).

 

Corps duplice aux dents limées, prédateur, posté à un carrefour (sens de l’opportunisme) du boulevard Montparnasse, pour chasser. La France, ses chasses, ses trophées. Corps séducteur, diviseur, commandeur, polygame avec épouse missionnaire très investie mais au loin, d’autant plus grand qu’il est minuscule avec beau chapeau et laine rouge, appelé à ressusciter par « les forces de l’esprit » – à moins qu’au paradis des grands hommes il n’y ait de la femme.  

 

Corps aristocratique qui se rêve, filiforme soucieux de la santé de ses sujets : souhaite que le bon peuple sorte d’un repas « en ayant faim », guérit les écrouelles des éboueurs maliens, a le goût des plantes en pot (anémone, valériane, jacinthe), détient une épouse, ancienne petite fille modèle chez la comtesse de Ségur.

 

Corps bourgeois aisé, confortable, rassurant – après les nervosités de mai 68 assez reposant et même douillet pour l’esprit, ayant femme-tapisserie pour vernissages, finit vilain crapaud pour s’être voulu prince à la place du Prince.

 

Corps étendard, corps bannière, l’Histoire faite corps, plus grand que la moyenne, dominant d’une vision son absence de semblables, doté d’une épouse de poche, sans doute née grand-mère.

 

Corps du roi, élu de Dieu, qui se clôt avec le dernier des Bourbons, Alfonse perdant la tête à ski sur les pentes enneigées (un câble tendu trop bas confirme, en le décapitant, la mort définitive de la divinité) : corps à la lanterne. Cette histoire, trop belle pour n’être pas vraie, atteste l’ascendant symbolique de la lignée et présage mal ce qu’il en sera du corps républicain.

 

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