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Publié par Michel Castanier

conte fantastique
[à colorier]

 

Grethel et Grincheux

 

Quelque chose siffla, ou chuinta, en tout cas c’était bizarre comme son, et très péni­ble, ce qui se voulait pourtant un sifflotement joyeux ou un rire dans une om­bre rouge qui se dressa sous une des fenêtres, le haut du corps dans l’ombre, éclai­rée en partie par la lu­mière de la cour.

Une odeur de peinture fraîche précédait le petit Chaperon rouge. Elle avait sa grande pèle­rine de laine et son panier d’osier bien rem­pli sous le bras. Grethel et Grincheux en­trevoyaient à peine dans lovale de ce capuchon encore humide un pe­tit vi­sage très sérieux et un em­brouil­lamini de cheveux blonds sur de grands yeux gais.

Elle devait participer au bal masqué. Grincheux connaissait ses classiques.

– Le petit… ?

Non. Je ne suis pas le petit Cha­peron rouge.

Mais elle avait un peu grossi et n’avait trouvé rien d’autre à se mettre. On ne la crut pas.

– Bon. J’ai d’abord une belle his­toire à vous raconter.

On en veut pas, dit Grincheux, logé sous un des lits du dortoir avec Grethel qu’il avait poussée dessous : la vie en quartier sensible lui avait appris à se méfier de tout.

Vous écouterez quand même. Vous voulez savoir (elle dé­signa l’asile par les fenêtres) pour­quoi toutes ces nobles da­mes et leurs seigneurs dorment ?

Ah ça oui, c’est humiliant tout de même quand on a fait exactement ce qu’on avait à faire et que rien ne répond à votre attente, dit Grethel, le visage surgi de sous le lit. Pas un applaudissement ! C’est une réa­lité cruelle pour une fille cons­cien­cieuse. Le public n’est plus ce qu’il était. Que fait donc la régie ?

Grincheux lui tapa sur la tête pour la faire taire.

 

Gribouille s’assit sur le lit qui fléchit sous son poids. Grin­cheux fusa au niveau du sol. Elle le rattrapa par le fond du pan­talon et lui expliqua la situa­tion.

Quand ils étaient enfants, raconta le petit Chaperon rouge, ces sei­gneurs ont trouvé une jeune fille debout devant leur couche, et qui te ressemblait un peu, toi, la grande conne, si ce n’est qu’elle avait sur la bouche un gros masque de fer qui lui grif­fait la peau. La créa­ture a de­mandé en pleurant qu’on le lui ôte et ces riches sei­gneurs, qui étaient très bons, ont bien voulu. Ce qui était en dessous n’était pas bien beau. Elle les a pi­qués. Elle avait des dents ai­guës comme des ai­guilles. Et de­puis ce temps ces châ­telains dorment.

C’est possible de dormir debout ? Vraiment ? dit Grin­cheux, qui avait sorti la tête.

Pourquoi ?

Parce ce que c’est une histoire à dormir debout !

C’est que je sais pas bien raconter. Suis sensible et cette fille, c’était moi. Par contre, je peins très très bien. Et il y a autre chose. Vous êtes en danger. En très grand dan­ger. Vous êtes dans la Maison de l'Ogre.

Pfff. Ca n'existe pas. T’ nulle pour les his­toires.

D’accord.

Le petit Chaperon rouge examina Grincheux, le menton dans les mains, atten­tive, lair ex­trême­ment sérieuse, avec ce re­gard si curieusement ébloui dans lombre du capuchon.

Le pauvre… L’es tout noir.

Elle bascula soudain la tête entre ses mollets, considéra tour à tour sa propre peau blanche et le vi­sage laiteux de Grethel, blot­tie sous le lit, puis, se redressant, celui de son pe­tit pro­tégé, la sorte de troll bizarre qui n’avait pas lieu d’être dans son Pay­sage et devait venir du sombre pays d’Outrelieu.

Je vais faire quelque chose pour vous.

Elle hésita entre ses cartouches et finalement choisit la cap­sule rose, arma le pistolet à peinture, appuya sur la dé­tente.

Ce sera mieux ainsi. Bien mieux.

 

 

[à suivre]

 

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