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Publié par Michel Castanier

conte fantastique
[Une belle scène qui fut censurée dans un premier temps en France]

 

Le Visiteur

 

Prof s’était détourné de la fe­nêtre dans son enthousiasme. Je lui tapotai le crâne, dis que j’étais daccord, que je chargeais Prof et le monsieur tout jaune de com­prendre et que j’allais les laisser ici où ils fi­niraient par com­prendre tout, mais pour linstant, je les suppliais de se taire, parce qu’il y avait mainte­nant du monde dans la cour.

« Ah ! L’Auteur, sans doute ? »

Prof, s’étant vivement retourné, sévanouit quand il vit au clair de lune un large visage li­vide emplir tout l’espace de la fenêtre et le regarder.

A coup sûr, cet homme terrible devait être très grand pour se te­nir à ce ni­veau. Il apparut aussi qu’il était ef­froyablement ra­pide. Nous n’avions pas eu le temps de repous­ser un lit à roulettes contre la porte, elle souvrait déjà. Une tête qui rappelait le fer-blanc passa lencadrement.

J’en­tendis « Ex­pliquer ! Toujours expliquer ! » Et j’eus la naïveté de chercher des yeux mon guide, il ne m’était comme à l’accoutumée d’au­cun secours, déjà passé d’un bond par la croisée qu’il avait ouverte après avoir marché sur le dos de Prof, et se trouvait mystérieuse­ment per­ché sur la plus haute branche d’un pla­tane d’où il me fit un signe d’encouragement parfaite­ment hypo­crite.

Le Monstre de Frankenstein avait indis­cu­tablement repris vie. La taille droite, il était raffermi, ayant perdu du ventre. Il avait sa longue redin­gote noire ra­piécée et qui sentait le formol. Sa face boulon­née, comme d’habitude par­faitement inexpres­sive. Seuls ses yeux pro­fon­dé­ment caves étaient dévo­rés conti­nuellement dun feu sé­vère et an­goissé : ils exprimaient une in­compré­hension totale.

Simplet n’avait aucune peine à soute­nir la vue dun visage si laid : il avait lhabitude des adul­tes. Soula­gé par cette apparition ras­surante, il voulut s’approcher pour de­mander de laide. Le rete­nant par la cein­ture du panta­lon, je chuchotai avec véhé­mence, si c’est possible, pour le con­vaincre de nen rien faire. 

« Regarde sa taille. Il te ferait mal même sans le vouloir, il te tuerait sans même sen rendre compte…

Toi aussi t’es gros et il a lair gentil, lui.

Gros ? Je suis gros ? … Comme tu veux, mon gar­çon. C’est toi qui choisis. Zou ! »

Je lâchai la ceinture.

 

« Et sil se mettait à taimer, Simplet ? dit Prof, ranimé et soudain pensif. Il te briserait damour ! »

A ces mots, le troisième des 7 nains à bonnet jaune s’échappa pour accourir vers linconnu.

Le Monstre avait sans doute du mal à voir quoi que ce soit dans le dortoir, la lune éclairait seules les fenê­tres grilla­gées, très peu au-delà : un gosse vint à lui, surgi de nulle part, les che­veux ébou­rif­fés, et se jeta dans ses bras.

Ce fut peut-être la sur­prise et un mouvement brus­que un manque de co­hésion ou un dérègle­ment sou­dain de ses gestes qui avaient une force exces­sive. L’orphelin hurla fré­néti­quement. Sa pe­tite épaule était fra­gile dans la main im­mense, elle cra­qua. Il tomba à terre, en­roulé sur lui-même, et se coula sous un lit. La créature voulut lui ex­pliquer son er­reur et le rattrapa par le mollet. Il y eut un bruit pé­nible.

Oncle Seb, le légiste de la morgue de New York, grogna douloureusement, sadressant des re­proches incohérents et sin­sultant amèrement. Il était difficile de suppor­ter le regard sup­plicié de cet homme con­damné à vi­vre. Son lourd pas ébranla le dor­toir, et il se perdit dans les té­nèbres exté­rieures.

 

 

[à suivre]

 

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