L’Hypothèse impossible VII Dans la sombre forêt des hypothèses – 4

Publié le par Michel Castanier

conte fantastique
[Auteur non identifié]

 

Le Visiteur

 

Simplet agonisait. Prof gémit, le visage dans ses mains. Je soulevais les épaules et respirai profondément. Un de sau­vé !

J’en étais là de ce calcul amer quand, sorti dans la cour, devant l’infir­merie, je m’aperçus que Prof n’était déjà plus des nôtres, ce qui n’était pas un mal, ce petit raison­neur me fatiguait. Mon guide était encore dans son platane, si bien que j’eus sans doute l’air de par­ler à larbre dans un élan mys­ti­que.

« Allez-y ! Laissez-vous être. Dites-le comme vous le sen­tez. Péteux, hein ?

N’employez pas des expressions aussi usées, de grâce !

De grâce ? Mais d’où sortez-vous, vous-même ? De quel siècle ? »

Il sauta au sol, répara le désordre de sa coif­fure, épata les épaules, mais, comme il constatait n’avoir rien de spécial à dire sur ce qu’est un vocabulaire soutenu, nous sommes repartis d’un bon pas à la recherche d’une solu­tion à notre pro­blème : sortir de cet asile – ou du Paysage qu’avait colorié cette folle.

« Ils ne nous entendent pas ! dit Prof, en considé­rant un groupe de per­sonnes, ceux-là en tenue de soirée, en­dormis dans un buis­son de fou­gères, les yeux grands ou­verts.

Les étranges dormeurs n’étaient daucun recours : rien ne les délivrait de leur tor­peur, ni les cris dans les oreilles ni les coups.

« Ils ne veulent pas nous entendre !

Ils ne peuvent pas… 

Je veux sortir ! Sor­tir ! Sortir ! »

Nous n’aurions pas dû nous disputer, car un être qui ne dormai­t pas, lui, attiré par le bruit, ar­rivait dans la cour 3. 

 

Cet homme, un parasol en peau de bête au-dessus de sa tête, enfoncée dans le plus étrange des bonnets de chèvre qui soit, apparut sous la voûte dune galerie, du côté de latelier de cou­ture. Il avait sur l’épaule un perroquet em­paillé et sur le dos une cor­beille en osier où tenait peut-être lessentiel de son ba­gage (la crosse dun mousquet était vi­si­ble). Il était singu­liè­rement habillé en fait, on aurait cru un épou­vantail plutôt qu’un être vivant  dune ca­saque ra­vau­dée sans doute dans plu­sieurs piè­ces de vê­te­ments et il portait sur les jambes un cale­çon taillé dans des che­mi­ses blanches à rayu­res bleues. Ce qu’il avait aux pieds – des sortes de brode­quins lacés aux mol­lets – n’était pas non plus des plus élégants mais devait être ex­trêmement pra­tique si on fréquentait une île du Paci­fique. Je voyais déjà à qui j’avais affaire. À l’évidence, certains des aliénés avaient dû passer trop de temps à la bi­bliothèque de l’asile.

Virgile, peu soucieux de se lier avec cet extrava­gant, se mit à labri dans latelier de couture doù il le re­gar­da par une des fenêtres. Une mesure si prudente avait mon ac­cord. Je ne définirai pas l’im­pression qui était la mienne à cet ins­tant, mon guide semblait la parta­ger : il s’était collé contre moi, le visage enfoui sous mon bras.

« Vous réfléchissez ?

Exactement. »

 

 

[à suivre]

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