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Publié par Michel Castanier

conte fantastique
[de Cornélius Escher]

 

 

Le Pays

 

De la mousse blanche moisit les pierres de taille ; vous en avez le visage bar­bouillé; votre pié­ti­nement dans l’herbe mouillée de neige finit par vous tremper d’écla­bous­sures jusqu’à la taille ; vous poursuivez votre progression, le front contre le mur, et faites le tour du bâtiment. Cette po­sition qui vous assu­re une certaine protection – ne plus ris­quer de croiser le regard d’un infirmier – cependant ne per­met pas d’agir très vite pour quitter la cour de l’asile.

Vous réfléchissez, le front contre le mur.

Il y a un singulier silence derrière vous.

Bientôt, en avançant, le front collé au mur, vous avez l’impression que quel­que chose d’étranger est agrippé à votre nuque et la cha­touille, l’agace. Ça ne peut plus du­rer, de faire l’autruche, comme si de ne pas regarder per­mettait de n’être pas vue.

Vous sentez un souffle mouillé sur votre crâne.

Vous faites volte-face.

L’Ogre vous regarde, les yeux agrandis, comme si vous étiez le diable lui-même, puis il rit, d’un petit rire fou qui ne passe pas les yeux

– Alors ? Ton pot de beurre ?

 

Vous étalez vos bras au mur, vous ap­puyez de tout votre corps, vous em­brassez le mur et vous sem­blez chu­cho­ter à l’intention du mur.

On pourrait me croire en Enfer, lui dites-vous.

Vous y avez réfléchi, cest peu probable, vous n’avez fait que du bien dans votre vie – à si peu d’erreurs près !

On pourrait aussi bien vous imagi­ner le front ra­clant contre un mur mou et blanc, les yeux er­rants, dans une cel­lule ca­piton­née, à parler à toute vi­tesse, à déblaté­rer, san­glé dans votre camisole de force, la cour­roie tirant en arrière vos épaules …

 

Des zones de votre pensée se gri­sent, s’effilochent, se dé­font.

Votre voix qui murmure au secours est gelée.

Blanche.

Un blanc sur une carte géogra­phique d’autrefois.

Vous frottez votre visage pour vous assurer de sa consis­tance, du bout de vos doigts joints, avec minutie.

Vous les reti­rez couverts d’encre.

Ou de sang.

Mais si c’est le cas, oh, si c’est le cas, vous ne déses­pérez pas de mourir.

 

À moins que ce soit ça la cachette, la bonne couleur,

ce chef-d’œuvre de subtilité, le lieu où vous serez à l’abri, dans l’œil du typhon, ce jardin

en atten­dant que vos problèmes se réorga­nisent autre­ment.

 

Il n’y a plus qu’une mesure à prendre – une me­sure sans nom.

Un acte que rien ne devrait jamais nommer.

Vous placez dans son réceptacle la cartouche blanche, cette somme de toutes les couleurs, vous actionnez le pistolet à pein­ture en rafale,

 

                         partout, 

                                                par­tout,

                                                                     

                                                                                       et vous tom­bez comme par    

                                        une trappe

                                          

                                                          à travers

                                                               

 

 

 

[fin]

 

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