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Publié par Michel Castanier

conte fantastique
[Malevitch]

 

Le Pays

 

Il y a une infime scintillation dans le ciel. Une sensation de grésil, gelée et douce, vous gagne. Vous touchez du bout des doigts votre joue qui est cu­rieu­se­ment échauffée. Le ciel se dé­fait dans une pluie de flocons. Vous grelot­tez, les cils saupou­drés de givre, observant avec inquiétude du haut de la tour cette inclusion d’un pay­sage d’hiver en plein été : l’asile qui blanchit.

Tout ce blanc ...

 

Vous ajustez l’oculaire de la longue-vue. Le phare du port de Hautemore, qui fonctionne au bois, comme une cheminée, les magasins de la ré­serve de bûches, mi­nus­cules au front de la mer, étouf­fés par la végétation, grossissent dans l’objectif.

Un sen­tier sarrête dans le tout petit port, aux fer­mes de tor­chis, aux fenêtres bou­chées de plaques de mica de­vant les vagues rougies de sang.

Les toits ont des bonnets blancs.

Des bonnets de nains de jardin.

La neige doit calfeut­rer le moindre son.

Des bal­lots de laine éven­trés, des quais pa­vés aussi ensan­glantés qu'un ba­teau de pi­rate, des barques à moi­tié submer­gées, bon­dées dagonisants et, à lhorizon, l’œil de la lor­gnette ar­gentée fixe sur la mer un haut galion aux voiles sculptées dans le givre, immobilisé par la glace dans sa fuite.

L’Ogre – le très haut seigneur de Hautemore – est passé faire ses courses.

 

Et voici un autre jour.

Un autre temps.

Et pourtant le même.

Un feu d’arti­fices épouvantable se déclenche à l’horizon.

Des bruits robotiques de ma­chines, d’avions, de tanks, de mi­traillettes.

Des éclats dobus explosent du côté de la mer où les Forces alliées débarquent pendant que des tirs de mitrail­leuses crépitent et se bri­sent en rosaces dans la forêt de Hautemore.

Vous savez enfin ce que regardaient les gens dans l’asile, le personnel de l’asile, les ma­lades, les invités du bal masqué à la baronnie en août 44 : le débarquement allié, les com­bats aé­riens, les premières bombes écla­tant au-dessus de la tour de la bibliothèque et des bois.

Et l’évasion des ma­lades.

 

Mais vous ? Que faites-vous là ? Et ce pistolet à peinture dans votre main et cette cartouchière à votre taille ?

 

[à suivre]

 

 

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