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Publié par Michel Castanier

roman comédie satire sotie
[Auteur de l’image introuvable]

 

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Être ou n'être pas 


 

L’amie m’assurera d’abord que je suis – à ma grande sur­prise. Ce qui va lui permettre à son tour d’être. On passe aus­sitôt de l’être à l’avoir. Car l’amour est posses­sion mu­tuelle. Droit à la propriété. D’où s’ensuit droit de jambage respectif, autrement dit mais moins joliment droit de cuis­sage. L’amour ? Une excellente acquisition d’un bon rap. qu. / pr, avec vue sur soi. Que la propriété soit le vol ne gêne plus.

En quoi êtes-vous ? Solange Crépon vous dit vos qualités – que vous ne vous con­naissiez pas. Elle confirme votre im­por­tance – qui paraissait modérée. À dé­faut, elle vous crédite d’une marge de progression digne d’un grand footbal­leur en herbe. Que vous restiez en herbe pour être bientôt tondu ras (Crépon vous quitte) et vous êtes en friche derrière les pas du che­val de votre Attila. Vous êtes brûlé. Vous ne lui êtes plus ce vaste pré paisible où brouter. Le voici galoper vers d’autres pâtu­rages. Le leurre n’a pas tenu.

Ce qu’était l’une, si rousse ? Une hallucination.

Ce que sera l’autre, si blonde ? Une autosuggestion.

Ainsi de suite par toutes les cou­leurs de l’arc-en-ciel fé­minin.


 

Le Sexe d’en face


Il faut du temps pour admettre n’avoir été tout au plus que loca­taire – avec ses droits mais aussi ses devoirs, né­gligés. Il faut l’expropria­tion. On était chez soi, on y était bien, chaus­sons, veston d’intérieur, bon­net de nuit et feu de cheminée. Vous viviez à crédit. Dès lors que vous êtes chassé de tant de confort, vous n’êtes plus vous-même, ou plus autant que vous aviez cru l’être. Vous voici à la porte. Enfermé hors de vous, vous dormez sous les ponts de l’amour, si vous dormez. Votre inexistence fon­cière ap­paraît comme jamais. Ou plutôt elle ap­paraît plus que ja­mais.

Fuir les tondeuses à gazon, quelle que soit la marque !

Certes, mais pour aller où ?

Nous ne sommes qu’exacte­ment ce que nous sommes, Eros.

Rien. Ou plu­tôt une appa­rence.

Une gi­rouette de réactions : l’autre nous précède tou­jours.

Un mi­roir aux alouettes ! Ce dispositif de petits re­flets où vien­nent se pren­dre les uns les autres, avides de se voir les uns dans les autres et pas très capables de per­cevoir l’oiseleur – chose sédui­sante mais trompeuse, nous dit le dic­tion­naire.


 

 

Au perroquet borgne,

fanal sinistre qui rap­pe­lle les vieux ports

 

Il ne semblait pas que dans ce sombre troquet monté des Enfers la situation fût plus heureuse, à en juger par les mornes entretiens, coude à coude au comptoir..

Des gens qui s’ennuient ont besoin d’être distraits.

La so­ciété occi­dentale – sans guerre et sans spiritualité – réclame d’être bousculée.

Mul­tiplier les chocs de toute sorte est notre oc­cupation favo­rite. Le désert résonne de tintamarres, le désert est illuminé de mirages un peu trop spectaculaires, la nuit du désert fulgure de dis­trac­tions impayables.

Servi par une information « soute­nue » et monochrome – rayée d’une pluie de pubs – qui ne laisse aucun répit à ce nid de la pensée : le si­lence, l’homme énervé vit – survit – de flashes en clashes.

Tou­jours ébloui, jamais éclairé.

L’hyperactif s’agite, le sénile som­nole dans la maison de re­traite eu­ropéenne.

Nous sommes à Guignol : l’internaute – gendarme de sa vérité – tape avec son gros bâton en bois sur toute pensée qui bouge.

Une multitude de res­sentiments rances monte au front d’une foule de frustrations putrides.

C’est le festival de Cannes des Ego, c’est le festival de cannes des pensées boi­teuses, des jambes de bois, des in­cultes-de-jatte, des moimoimoi.

Où peut mener la Morosité dans notre beau pays m’impressionnera tou­jours.


 

[à suivre]

1001 VIES (507) :  SOLANGE CREPON – 34
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