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Publié par Michel Castanier

roman comédie humour
[L’image est de Michel Rouquette]

 

Pourquoi, hein, pourquoi  ? 


 

Quelque chose céda ce jour-là dans le groupe des hommes, une rupture avait forcé le front des ricanements, craqué la ligne Maginot de leur pudeur virile, ils avouaient enfin, ils au­raient pleuré dans les bras les uns des autres, s’ils l’avaient osé sous le regard sans concession du patron du Bizarre, et cette dé­faite fut si sensible que le groupe des femmes se joignit au chœur des lamentations.

Je démêle.

Si on ne sort pas brisé d’une histoire d’amour, il n’y a pas eu amour mais un leurre aimable caressé à deux.

Une mascotte amu­sante à laquelle donner pour finir un coup de pied mo­queur.

Une ma­rotte qui n’aurait qu’un temps, celui du désir qui s’épuise et as­sèche le puits avant qu’une eau fraîche ne re­monte pour d’autres bouches.

Si l’amour a été grand (ne disons pas : vrai, il ne l’est ja­mais) la ri­chesse du désespoir impressionne.

La nubile se sui­cide du haut de sa mezzanine dans un sel­fie au succès pla­né­taire.

L’industriel fait grève dans le bureau de son usine, une dé­locali­sation s’annonce.

L’homme âgé tourne vieillard et authen­tifie que les che­veux puis­sent blanchir en une nuit.

C’est en­core peu, ce sont là des réactions superfi­cielles, en­core exagéré­ment spec­taculaires, trop m’as-tu vu dans ma belle souf­france qui craque, en­core trop sous la lu­mière portée de l’éblouissement qu’on n’au­rait jamais cru que…

Car le fond de l’affaire est autrement plus grave, la décou­verte qui n’au­rait pas dû surprendre mais qui étonne toujours : l’absolue insigni­fiance…

Le terme du boucan.

La fin de ce qui n’a même pas eu de commen­cement.

Voir en soi avec une nette­té parfaite la volée de poussière qui succédera à l’effon­drement de l’univers.

Quelques atomes inexplicables repous­sés sous le tapis du cosmos.


 

Exodos

 

Nous sommes sortis du Bizarre en chantonnant, la main dans la main, longue farandole dansante autour de la Maison carrée, colonne de pe­tits bon­hommes et bonnes femmes dé­coupés aux ci­seaux sur le soleil cou­chant.

Monsieur Célestin, debout sur ses grosses jambes écartées au seuil du bar, avait tout du Colosse de bronze à l’entrée du port de Rhodes, qui a tout vu, qui a tout entendu des naufrages, des périls et des abysses humains.


 

[FIN]


 

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