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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Gao Xingjian]

 

Clair de constellation

 

1

 

Le corps de Sara au sol, coulé dans une cire mortelle, le souffle enclos, les yeux d’un blanc de neige. La légère usure de la bouche laquée de bleu par le poison. 

Aujourd’hui où Sara et Pierre sont morts, je voudrais qu’ils se soient aimés jusqu’à l’Heure des dentiers, jusqu’au Temps des pistolets d’hôpital, des fai­blesses rénales et des impuissances, des mains dans la main devant la télé, épaule contre épaule de­vant le jardin de leur villa, en chaises roulantes devant un portail ouvert sur des allées de tombes sous l’ombrage des tilleuls.

Avant que l’un des deux, au retour du cimetière, ne soit plus que leur seul témoin.

C’est ma façon de les aimer.

J’ai du regret et je suis triste et je suis un salaud.

L’encre sympathique se révèle par du jus de pomme. Ce qui m’était tatoué dans le cœur m’est apparu à mesure de l’écriture de ces lignes. J'entrevois enfin comment nous sommes ab­solument menés – du point de vue de Sirius ou d’un dieu énig­matique. L’encre est le plus sûr révélateur. 

 

 

2

 

Seulement voici, mul­tiples raisons et motifs si variés et consé­quences sans nombre, elles-mêmes engendrant autant de nou­veaux effets se combinant dans des constellations de relations, l’homme est plus nom­breux que ses causes.

Je voulais comprendre. Au moins comprendre.

Je suis trop sentimental, c’est un défaut, il y a eu surchauffe, ce que Claire (ou moi ?) appelait une apnée : j’ai vécu une longue apnée du cœur.

Je voulais comprendre.

Mon petit assassin aux lèvres cyanurées avait distillé un poi­son dans l’oreille du sourd.

J’allais entendre mieux.

Elle avait remué le couteau dans la paille au cœur de l’épou­vantail.

Je savais qui était le mannequin poignardé.

Bien sûr.

Depuis mon arrivée à la ferme Claire n’avait jamais cessé de chercher à m’aider. Dirais-je : avec une maladresse d’enfant ? Ce poison administré à Sara était un souvenir. Et ce souvenir était du poison.

J’avais peur, oh si peu pour moi, j’avais peur pour Claire, pour ce qu’était devenue Claire.

Je n’étais que peur et je n’étais qu’amour désolé.

Nous l’avons tous appris, n’est-ce pas : l’amour est un salon de thé où cer­taines dou­ceurs sont empoisonnées.

 

 

3

 

J’ai couru après elle. Par toutes les pièces. Jusqu’au fond de la pommeraie. Elle s’était fondue dans sa nuit intérieure.

Je craignais de quitter la ferme. Et si elle y venait ?

Je craignais de ne pas quitter la ferme. Partout où je serai dans la campagne elle serait ailleurs.

Je ne pouvais la perdre à nouveau. Je n'y résiste­rais pas, les étoiles ne se­ront plus disposées selon la conjonc­tion qui avait été favorable à notre amour : la grande figure des jumeaux astraux. Les étoiles se re­fléteront en dé­sordre dans la flaque noire de mon cœur, la chorégraphie des étoiles s’y noiera avec la confusion du monde.

Je suis allé vérifier les valises de Claire. C’était du courage. Elles étaient réparties dans une armoire. Claire n’avait pu aller loin. Aucun mes­sage. La Chrysler était là. La Harley Davidson de Zaza. Elle sera partie à pied. C’était le message.

 

 

4

 

Je suis resté longtemps sur la terrasse du Mont blanc, buvant du vin servi dans une cruche sur une table ronde de jardin, à côté de Pierre. J’étais dans ma zone de confort, en quelque sorte. Guetteurs at­tentifs et pa­tients de­vant le porche de notre Olympe, Pierre et moi, nous ne savions toujours pas ce que nous gardions jalou­se­ment. Quel dieu solitaire et sombre.

Quel essaim. Quelle grande Forme flottante aux milliards d’yeux. Aux mil­liards de pseudo consciences. Aux milliards de sexes turgescents et bavant. Aux milliards de désirs contrariés qui menaient à l’autodestruction de l’Es­pèce.

Un roulé-boulé de nuages rou­geâtres ap­parut par le bord su­périeur du ciel. J’attendais les Hordes qui se déverseraient sur la région comme un Fléau d’Égypte au para­dis. Je gardais la ferme, son verger, ses bois.

– Je peux quelque chose pour toi.

 

 

[à suivre]

 

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