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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Slenderman]

 

Double astral

 

1

 

Il y eut dans la nuit un violent orage qui me rappela notre ar­rivée et qui se résolut par un léger rideau de pluie à ma fenêtre. Le rideau s’écarta. L’aube grise bleuit. Elle bleuit mon visage. Mes mains. J’étais prêt.

L’arche somptueuse d’un arc-en-ciel apparut. Il se déployait depuis le Mont blanc. L’autre extrémité du pont reposait sur le chalet de Claire au village. La mai­son de l’enfance. Elle n’était pas visible dans la forêt. Elle était dési­gnée.

Là se trouvait le chaudron plein d’écus d’or des arcs-en-ciel.

Là était la sorcière qui gardait mon trésor.

 

 

2

 

Je partis de bon matin et d’un bon pas. Je me serais volontiers appuyé d’une canne en bon bois de hêtre pour faire un authen­tique marcheur de randonnée. La pluie menaçait encore à l'Ouest, j'avais pris le parapluie de Claire. Un joli pépin vert très coquet qui allait bien à sa rous­seur. Il la pro­tègerait pour notre retour.

Le plus court chemin d'un point à un autre dans la sombre Forêt est le che­min buisson­nier.

Ce fut le plus long voyage de ma vie. Et le seul qui fut beau.

Je passai un sous-bois encalminé par le lichen. Était-ce le sou­venir de l’aube intense dans mes yeux, l’air m’y parut d’un bleu de haut fond marin où la forêt était un grand vaisseau noyé et les cham­pignons des grappes d’huîtres son­geuses.

J’entrai bientôt dans une trouée déserte où une lu­mière dé­co­lorée veillait un mas­sacre d’arbres. La blessure de la forêt était fraîche et, dans l’obscurité du sous-bois, la sève brillait comme de la confiture de fraise dans un chaudron d'étain. J’espérais ne pas croiser le fan­tôme du Bûcheron fou.

Les grands rochers avaient des barbes roussâtres de trolls. Si je les tou­chais, je leur trouvais une tiédeur bienfaisante que nous devions à la montée du soleil à grande allure parmi l’ab­sence pro­gressive de nuages. Je passai par des champs où tout était myo­sotis. Je passai par des champs où tout était coquelicot. Il n’y avait plus ni mur ni clôture.

Il n’y avait que la nature – je sais enfin qu’un mur de prison est encore de la nature.

J’avais dû me perdre dans la forêt, selon son rôle : après une journée d’errance j’entrai au crépuscule dans la rue principale de Merluchon.

Le chalet de ma sorcière avait des œils-de-bœuf en forme d’yeux ébahis et une petite den­tition de marches de pierre qui était encais­sée dans sa bouche-verdure.

Mais le lierre était mort. Il rongeait la façade d’une vermine grise qui contaminait tout. J’eus soudain peur qu’Aloysius fût déjà passé.

 

[à suivre]

 

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