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Publié par Michel Castanier

Fiction mystérieuse, Satire, Comédies, Personnage de fiction, Roman aventures, Nouvelle, Littérature, romans policiers, Prose, Récit, Fantastique, Comédie dramatique, Humour, Roman (littérature)
[Slenderman]

 

3

 

J’avais toujours les démangeaisons dans l’épaule et ce mal à la nuque. Atlas mit le pied sur le pas de porte. J’ai regardé dans le miroir du vestibule. Il était vide.

Je veux dire que l’enfant n’était pas là.

Je veux dire que je n’y étais pas reflété non plus.

J’ai parcouru tout le chalet. Il n’y avait personne. Ni dans les pièces ni dans les miroirs.

J'avais reconnu cette maison la première fois. Je l’avais re­connue sans l’avoir connue. Ce n’était plus tout à fait vrai. J’avais vécu toute une semaine au grenier quand je m’étais échappé de ma colonie de vacances. Claire m’y avait découvert et me nour­rissait en cachette, ravie de mon genre bad boy. Très surjoué. Et de fait, nous avions beaucoup joué. Beaucoup. L’homme de paille volé à la pomme­raie et qui nous amusait tant. Le vieux matelas où nous faisions la sieste, plus ou moins. La lucarne enchantée. Comment ai-je pu oublier notre enfance ? Tout être est un clair-obscur pour lui-même.

 

4

 

Les enquêteurs ne connaissent que les faits. Ils remontent d’indice en indice. Ils déduisent. Ils n’ont pas l’imagination des faits.

Je n’ai que ma mémoire.

La fillette du grenier a toujours accompagné ma vie. Nous avons grandi en même temps. Je l’ai bien vue pour mon mariage avec Sara, adossée à une colonne de la mairie, les bras croisés. Il m’aurait été délicat de dire son sourire triste ou amusé. Bien des fois où je n’étais pas heureux elle a été une présence à l’orée de mon existence, une chanson d’amour entêtante, un visage énig­matique filant dans une voiture, une silhouette d’ombre dans une loge à l’Opéra, le bras lumineux appuyé sur la rampe, ou une rousseur courant sur les pavés d’un quai de la Seine, disparaissant sous le pont où je me tenais. Inatteignable – jusqu’à ce que je la retrouve par une nuit d’orage dans une ferme et ses pommiers, adulte et la même et une autre. Je n’avais rien inventé. Je l’avais connue enfant, je l’avais connue adolescente, même si nous nous étions méconnus, même si nous nous étions fait du mal, parce que les enfants qui vieillissent ont quelque chose d’abîmé, je n’avais jamais rien inventé. Je savais qu’elle avait toujours cher­ché à m’aider quand je souffrais. Je savais qu’elle m’apparaissait aux mauvais moments de ma vie. Je savais qu’elle m’avait par­donné.

 

 

[à suivre]

 

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