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Publié par Michel Castanier

 

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[Pablo Picasso]

 

 

3

 

Moi – J’imagine un roman rococo, madame ! Pas de centre. Tout est perspectives et fuites. Tout en alvéoles !

Elle – Cela vous reprend !

Moi – Écrire n’est-il pas aimer et l’amour ne désorganise-t-il pas le monde ? Mes Mille et Une Vies né­cessiteront un certain goût pour une distraction rê­veuse, un pas de promenade, de la flâne­rie… Il n’y aura là que des états... Suc­cessifs, contrastés ou contradic­toires... Peut-être dis­traits...

Je m’enfouis le front dans les mains, mettant en désordre le flottement de ma chevelure.

Moi – C’est un sacré boulot !

Elle – Je compre­nds : écrire n’est pas jouer aux billes.

Je rajuste mes cheveux d'une main délicate. J'habite un ancien grenier, avec poutres et tabatière où voir la pluie ruisseler depuis mon lit. La dame se lève du fauteuil pour faire le tour de la bibliothèque, très cu­rieuse. J’aime bien que mes visi­teurs aient de l’in­térêt pour les livres, c’est plutôt bon pour leur santé. Elle re­pousse en arrière son chapeau afin d’examiner de très près une re­production du Nu dans un jar­din, de Pablo Picasso.

Elle – Oh ! Que c’est osé!

La dame toute rousse se met à faire des claquettes sur la rampe du balcon, bondit de joie sur mon bureau, s'accroche aux solives du plafond, tire la langue, et cela avec autant de brio que Ginger Roger.

Moi – Vraiment ?

La capeline échouait en douceur sur ma tête.

Il y a parfois dans mon tempérament, à l'égard des pires situations, une désinvolture qui est une sorte de grâce.

 

4

 

Je ne croyais pas avoir goûté par mégarde de ce que nous appellerons un produit d'entre-tien. D'après ma modeste compétence, la moindre expérience hallucinogène amène à considérer la conscience ordinaire comme un dispositif de survie parmi d'autres - celui d'un animal social. Avoir une opinion au sujet du monde est à cet égard un arrêt sur pensée...

Elle –  Je m'en doute. Soyons frivole, par pitié ! 

Moi – Comme vous m’entendez à demi-mot !

Elle – C’est la moindre des choses dans notre relation.

Moi –  Au fait, qui êtes-vous?

Elle – Ton institutrice, voyons !

Moi – Bien sûr !

Je reconnais enfin celle qui fut madame Philomène, ma favorite à la communale Jean Bouin ! Quel étonnement! J'aime être étonné : c'est bien vivre. Elle n'a pas du tout changé, si ce n'est qu'elle est toute nue, évidemment. On se regarde avec une satisfaction souriante par-dessus les piles de rames d'A4, les carnets de  notes en moleskine, l'ordinateur et le plumier que j'ai sur mon bureau. Mon encrier - en général asséché - est d'habitude en état de souffrance, une rose des sables ourlée de cristaux de feu. Il est au­jourd’hui, débordé d’encre, sidé­ré dans une cristal­lisation de gypse en forme de joie !

Moi – Savez-vous, votre sourire a toujours été celui d’une en­fant ! Nous n’étions pas dépaysés à l’époque.

Elle – Je sais.

Elle savait ! Que ne savait-elle ! J'ai besoin de toutes mes forces pour garder un visage de marbre, mais à l'intérieur je suis tout mou. J'étais très amoureux de mon institutrice.

 

[à suivre]

 

 

 

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