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Publié par Michel Castanier

 

 

Armageddon

 

Pour­quoi cette jeunesse encore malgré mes vieux rires usés ? Serait-ce ce qu’on appelle du tracas­sin ?

Larousse (quel beau nom !) donne une idée du tracas­sin.

Familier et vieux.

Ce qui ne saurait me surprendre. Le tracassin est donc fami­lier (importun sans cesse, il est comme chez soi chez vous). Il est vieux parce que je suis vieux comme une montagne et qu’il ne peut me venir que des mots de vieille montagne.

 

Agitation inquiète et chagrine de quelqu’un qui semble en proie à des tra­cas.

Si j’entends correctement le verbe sembler, le tra­cassé c’est tou­jours l’autre. Avec ce que cela comporte de dérisoire, bien sûr. La belle noblesse du dérisoire.

Si ce n’est que le tracassé, ici, c’est moi. Inquiet et chagrin. Agi­té, aussi. Agité sans cesse par la pensée de cette femme. Que fait-elle ? A-t-elle d’autres pensées que moi ? Oui, bien sûr. Je ne suis pas si agité. A-t-elle aujourd’hui d’autres amours ? D’autres amours que son mari ? Est-elle seulement en vie ?

 

Comme la fille du paysan dans le conte des Grimm j’ai vou­lu fi­ler la paille pour la changer en or. Un or qui aurait des re­flets roux. Cela n’était possible qu’aux conditions d’un affreux nain. Il fallait lui donner quelque chose en échange du miracle – de la transmuta­tion de mon amour feu de paille en quelques mots ali­gnés pour la parade amoureuse. Je lui donnai ma vie. Mais le pari était truqué, comme toujours avec le Diable. Dé­sormais, le tra­cassin ne me lâche plus, il ne veut plus me laisser être, simple­ment être.

Être autre qu’une errance sans espoir.

 

Trouver le nom de ce nabot serait pourtant échapper au sorti­lège, selon le conte médiéval, et l’obsession dis­paraîtrait. Le mal­heur est qu’il a beaucoup de noms, et, je suppose, un pour chacun d’entre nous.

Tracassin, 

Bimbamboulor, 

Barbichu, 

Grigrigredinmenufretin, 

Outroupistache,

Gargouilligouilla,

Broumpristoche,

Ricouquetv,

Mirlikovir, 

Tom-Tit-Tot

ou encore Vircocolire.

Je cherche le nom de mon malheur.

Il se pourrait que ce nom soit jeunesse.

Je n’ai jamais été si jeune.

 

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