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Publié par Michel Castanier

 

 

Vanités

 

La vanité est naïve. Elle présente bien, fardée, pou­drée, tal­quée, beau­coup de den­telles et de parfums, elle a sa danse qui ne peut être qu’un me­nuet pré­cieux, elle a les pas pointés d’un fas­tueux petit marquis – elle a un jabot de baptiste, qui pourrait être un goitre.

Rien ne se dit entre nous qui ne soit inspiré par notre amie. Même l’inter­ven­tion la plus générale dans une con­versation (l’idée dé­veloppée) relève de l’ex­hibition de soi à son meil­leur (selon ce qu’on en croit). Et non pas de l’appren­tissage collé­gial : la re­cherche commune, le souci de comprendre, les intel­lec­tuels en croisière.

 

Et pourtant, comme l’agressivité, elle a son utilité. Elle est la récompense de l’effort, elle est la rétribution du courage, elle est l’Olympe des exploits.

Sans agressivité, je n’agis plus. Sans vanité, je n’écris plus.

L’agressivité est la possibilité d’un progrès.

La vanité est la tessiture de la société.

 

Admirer est s’attribuer une partie de l’admirable. Ainsi de toutes choses nous prenons notre quote-part. L’horreur du crime est fascination du crime – et vague envie. Nous affirmons notre distinction dans le sourire supérieur. Nous comblons notre insuffi­sance sans cesse. Nous décrétons notre importance sans motif valable au regard du cosmos. Nous sommes une lacune qui parle, agit et réflé­chit.

Et c’est bien.

Nous ne serions rien si nous étions tout. L’oisiveté divine nous tuerait. À moins d’imaginer un dieu d’incomplétude, un dieu d’agressivité et de vanité dont le monde serait l’accomplissement à jamais remis.

 

 

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