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Publié par Michel Castanier

[Rafael Gomez Barros]

 

 

Songeurs

 

Si l’homme âgé est un homme d’imagination cette imagina­tion le sauve de l’exil où le condamne l’âge. Elle n’est jamais sans mélan­colie mais la mé­lan­colie est un poison très doux par quoi mourir lentement. Secondé par l’intel­ligence et mesuré par l’expérience, l’imaginaire ouvre les êtres comme le Diable boi­teux soulève le toit des mai­sons. Il suffit de peu pour estimer ce qu’a été la vie d’une passante et ce qu’elle sera et pour se déso­ler de l’incu­rable banalité à quelques nuances près qui sont l’indé­fec­tible et attendris­sante origi­nalité de cette créa­ture de Dieu.

 

Imaginer les inconnus, rêver aux fenêtres éclairées dans la nuit est l’acti­vité privilégiée des badauds que nous sommes tous. C’est connu. Ce n’est pas suf­fisant. Avec les ressources de l’âge, c’est la nature qui est à ima­giner : la vie secrète des insectes, si terriblement affairés, et ce que peuvent être leurs sen­sations et leurs entretiens d’insectes, l’odeur maternelle de la terre qui s’éboule sous l’activité fébrile des pinces, les stridula­tions des antennes et l’entre­cho­quement sourd des chitines pen­dant l’acte sexuel.

 

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