Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Michel Castanier

[Stephane Halleux]

 

 

(Qu’il nous soit permis une digression et pardonné son su­jet douloureux.

Certains d’entre nous sont si gravement atteints qu’il faut les assujettir de courroies et de chaînes.

Des infir­miers (ils sont deux, en général, tant le mal décuple les forces) attachent le malade au lit conjugal ou à son bureau dans l’espoir qu’il y recouvre un peu de raison, mais alors la vio­lence de la frustration lui fait pousser des cris pi­toyables, il se démène épouvantable­ment dans ses liens, il réclame sa liberté en lançant des insultes atroces à ces hommes venus à son se­cours, et parfois, le plus jeune des infirmiers, trop malheu­reux qu’on l’ait estimé « fini à la pisse », n’en pouvant plus, si impres­sion­nable, relâche le perturbé qui, dans son élan, passe à travers la porte de son appartement, fracassant le chambranle, tellement forte est son envie, et les infirmiers le voient par les fenêtres de l’étage courir de partout par le square en agitant les bras et en poussant des clameurs d’al­légresse sans bien savoir ce qu’il fait jusqu’au moment où il tombe raide mort d’épuisement – voilà qui est le sort de tous les coureurs à pied, tant leur manie s’aggrave avec le temps.

S’il n’y avait que ces énergumènes ! L’imbécillité et la folie ne me laisseront jamais en paix. Il est difficile d’empêcher les hommes de se faire du mal, beaucoup d’entre eux y pas­sent leur vie et il faut reconnaître que c’est ce qu’ils réus­sissent de mieux.)

 

 

[à suivre]

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article