Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Michel Castanier

[Vorja Sanchez]

 

 

(L’inférieur est ridiculement astucieux.

Il ne suffit pas d’être intelligent, encore faut-il savoir quoi en faire. La ruse nous l’enseigne ainsi que la sottise. La sottise nous en apprend beaucoup sur l’in­telligence, on la dirait là pour ça. Sans elle on ne se connaîtrait pas si intelli­gent. A-t-on dit ou fait une bêtise, l’intelligence nous en prévient, toujours un peu tard, c’est son drame. Échapper à la sottise est un petit bond de grenouille au-dessus de l’étang pour amerrir lourdement sur un nénuphar. Après quoi, croasser une réflexion astucieuse qui im­pressionne. Le nénuphar en sera re­connaissant.

Un compartiment de l’intelligence est la ruse, parfois c’est l’intelligence qui est compartimentée dans la ruse. Le rusé se voit venir de loin, c’est son pro­blème. L’intelligence lui est utile pour s’y cacher. Il s’avance masqué d’un discours chatoyant, et hop, vous voici floué, sous sa couette ou les poches vides. En revanche, l’intelli­gence a besoin de la ruse pour s’assurer une place dans ce monde. Cet attelage ferait son chemin clopin-clopant si la bêtise n’était de la partie de campagne, qu’elle tienne les rênes ou qu’elle soit une des mules. La carriole de l’ambi­tieux, ou de l’amou­reux, ne tarde pas à verser dans le fossé avec son bagage de pro­jets. C’est ainsi que toute aventure humaine, même dans les plus grandes ré­ussites sociales, est un échec, comme l’assurait Napoléon, ou Gengis Khan, je ne sais plus – cela dit en se te­nant à une tri­nité de causes connues sans références à des motifs bien plus effrayants.

Cette image de la charrette à mules date d’ailleurs pas mal, il aurait mieux valu parler d’une locomobile plus ré­cente, mais la car­riole démantibulée de la vie a été de tout temps menée par un des attributs hu­mains que nous avons négligé : la facilité.)

 

 

… Aujourd’hui plus âgé, plus avisé, plus sage, sans doute aussi plus fatigué, j’ai moins d’entrain, de dynamisme et d’ar­dente joie de vivre. Au­jourd’hui où le grand âge est une quaran­taine, il m’arrive de m’oublier moi-même, me chercher, me retrouver mais est-ce moi que je trouve ? ou est-ce un autre que je ne savais pas être.

Ainsi, assis sous les frondaisons agitées des chênes-lièges du square Antonin, m’est-il arrivé de revenir à moi dans une autre mémoire : j’étais Algernon Greystock qui avait longtemps vécu en Armorique, j’avais un redoutable ac­cent qui ne ren­dait pas plus compréhensible ma poésie celtique, je me sou­venais des lochs froids de ma jeunesse et de la petite Abigaël aux tresses jaunes et que je n’avais jamais aimé qu’elle.

Abigaël était le nom de la fillette du croquemort. Tout se tient dans une vie, mais l’ensemble ne tient à rien …

 

[à suivre]

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article