Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Michel Castanier

 

Enigme

 

Il n’est plus possible de le laisser s’agiter en dépit du bon sens et risquer la santé mentale des habitants de notre ville, santé déjà bien fragile. On sait par les événements récents dans le pays comme la folie peut être contagieuse. Hurler notre haine, gesticuler, surjouer l’émotion, nous savons faire. À quel moment nous ne saurons plus faire autrement ? C’est son cas, son malheureux cas. Il se frappe le front contre les façades de nos habitations, il réveille le sommeil des justes par ses hurlements et terrifie l’institutrice sur le chemin de l’école.

Les esprits les plus vulnérables le croient hanté par un démon, de plus modernes le disent tourmenté de refoulements, les raisonnables estiment qu’il sème. Il sème surtout le trouble. Et la peur. Même l’enfant dans son landau, cette relative innocence, n’est pas à l’abri. Le vieillard cacochyme sort-il paisiblement de sa retraite – et c’est la tuile ! Ce chien fou piétine l’eau paisible des bassins, il transit les frileux, il ricane à l’oreille du sourd, il démembre les stores à coups de poing et projette le mât des parasols comme des lances dans la poitrine des habitués paisibles aux terrasses des cafés. Un internement d’office en hôpital psychiatrique devrait être à la portée du Syndicat d’initiative de notre bonne mairie. Il n’en est rien. L’État ne maîtrisera jamais l’incontrôlable qui ne se gouverne pas lui-même.

Toutefois, est-ce bien sûr ?  Est-il si délirant ? 

Car j’ai cru percevoir une intention dans sa démence. A.B.C. contre Poirot me servira d’exemple. Chacun sait que l’assassin tue A, puis, B, puis C, puis D pour laisser croire à l’œuvre insensée d’un maniaque de l’alphabet alors qu’il n’a qu’un projet : tuer B pour son héritage. Un comportement si étrangement excessif quoique parfaitement ordonné ne vous rappelle-t-il   rien ? Et c’est là que, sans vouloir concurrencer l’inestimable détective, j’émets une hypothèse raisonnable.

Il a un don inné pour propager le désordre jusque dans les têtes ?  Son errance nous hante ? Sa voix étourdit ? Sa mobilité échappe à la prise, à la raison, au repos ? Je n’y crois pas. En fait, il cache son jeu. Son motif véritable est de tracasser l’un, de maltraiter l’autre, enfin d’être partout à la fois en sorte de dissimuler qu’il n’en veut qu’à moi, dès la sortie de mon hôtel particulier – à ma chevelure lisse, à ma tenue vestimentaire irréprochable, et surtout à la continuité soutenue et posée de ma réflexion.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article