Préludes
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XIII
Connaît-on l’Allemagne parce qu’on a touché une Allemande (pourquoi une Allemande ? Et d’ailleurs pourquoi cette question ? peu importe) ?
Une histoire allemande
Laverie automatique : du monde attend devant les séchoirs. Une superbe blonde – une blonde d’anthologie – surveille son petit ours en peluche qui tourne seul dans un moulin. Je le jure.
Ce sera Béate Hammer en Visite dans l’ancien pays conquis.
Béate avait pour critère la vérité,
et non pas la qualité d’une observation, ses conséquences esthétiques ou son simple chatoiement bizarre, suspendu, français.
Béate avait une sorte d’appétit pour la vérité – des vérités bien senties, roboratives, qui faisaient briller ses genoux, qui lui donnaient du rouge aux joues, des rires d’ogresse, et sans doute une secousse sexuelle,
– mais le plus souvent elle était intarissable avec exaltation sur le grand sujet des manèges allemands, de leur rapidité et de notre retard en France à cet égard (au moins depuis la guerre).
Il n’y a en France que la pensée qui soit rapide, lui ai-je dit. Elle n’a pas entendu. Trop rapide.
Au cours d’une certaine période de désordre financier et moral, j’avais eu l’idée – exceptionnelle chez moi (si au-dessus de tout) – d’établir un budget
– budget si détaillé que je suis allé, auprès de mon économe amie Béate Hammer, jusqu’à m’inquiéter s’il pouvait y être noté sans impudeur quelques menues charités – et sous quel titre : « Générosité, telle somme ? »
Au lieu qu’elle ait ri d’une de ces plaisanteries benoites qui m’étaient coutumières, j’ai eu l’inquiétude de voir les yeux de la Très Bonne s’écarquiller à ce chiffre dérisoire : « Tu donnes tant ? »
Elle n’avait pas eu trop de peine à se ranger sur mon refus farouche des pourboires (j’ai dit quelque part mon intention d’affamer le peuple pour accélérer la venue de la révolution prolétarienne), – bien que je l’aie vue revenir avec exaltation des toilettes d’un bistrot célèbre et, dans son admiration pour leur propreté (il y avait une gaine de papier détachable sur la cuvette), laisser une royale pièce dans la coupelle.
D’une manière secrète et que je me garderai d’analyser, il semble qu’il y ait eu là toute l’économie psychique de l’Allemagne protestante : les nécessités de l’hygiène. Et peut-être l’hygiène de l’amitié. Rappelons cette phrase illustre entre mes amis quand elle m’eut exceptionnellement invité à dîner : « J’espère que tu te souviendras de moi quand tu iras chier ».
Beate Hammer – mission accomplie (l’enfant de l’Europe dans son couffin) repartait au volant pour l’Allemagne.
« Que Jésus soit avec vous !
– Un type qui a fini sur la croix n’est pas une référence quand on prend la route. »
Un bouledogue de faïence hochait la tête sur la plateforme arrière de la Mercédès.
À voir certains films et quelques séries, il me semble que l’humour allemand, qu’on sous-estime, qu’on ne perçoit généralement pas, est le genre de rire qui vous vient au comble du désespoir.